Petites images légères

J'ai commencé à peindre quelques uns des polaroïds que j'avais ramené d'Egypte ; c'est une sorte de petit jeu très agréable qui me met d'humeur chantante.

© A.
Mon drame actuellement, c'est que tout prend du temps et qu'il faut une énergie folle et des ruses de sioux pour parvenir à sauver celui nécessaire au jeu et à la créativité.
Chaque jour, la necessité de gagner sa vie, Dieu, que l'expression est trompeuse, et les obligations sociales imposées par le milieu culturel parisien dans lequel nous vivons, pèsent si durement sur mes épaules que je dois m'estimer heureuse s'il me reste seulement une pauvre petite heure pour être seule avec moi - même !
Mais chacun de ceux qui l'ont expérimenté savent qu'une petite heure, ni même deux ou trois, ne sont rien dans le temps nécessaire à la création...
Ainsi, jour après jour, le challenge consiste à tenter de dérober ce temps nécessaire et qui est vital pour moi.
Certains jours, je gagne, certains jours, je perds.
En ce moment, lorsque je gagne, je peints avec bonheur de petits polaroïds.

A propos de polaroïds, j'en profite pour saluer ici, mon talentueux confrère Christian Mc Manus dont j'avais réellement beaucoup apprécié l'exposition l'an passé à la Galerie Jamault.

A voir en ce moment !

Ce soir vernissage de l'exposition Athané Blin Tarrière.

Après toutes ces années, je suis heureuse de retrouver Elsa Blin, très en beauté, très dessinée au brou de noix, à l'occasion d'une aussi superbe exposition. Elle présente là, une remarquable série de "sculptures aériennes", de mobiles pourrait on dire, me semble-t-il, sans offense, évoquant ainsi les mobiles de Calder, vus et tant appréciés début Mars à la Fondation Peggy Guggenheim de Venise.
Dans un style très personnel et avec des matériaux qui lui sont propres, pour ce qui me concerne, les "sculptures aériennes" d'Elsa Blin supportent sans rougir le rapprochement avec le travail de l'illustre aîné.
Les acheteurs, d'ailleurs, ne s'y sont pas trompés ce soir et les pastilles rouges fleurissaient comme coquelicots en Provence.

Il fallait également savoir jouer des coudes pour accéder aux beaux bronzes de Jean – Claude Athané.
Chacun voulait voir ces pièces d'assez petites tailles, qui alliaient si bien force, mouvement et féminité, délicatement, franchement, exaltée.
Les études, sanguines ou encres de Chine, achevaient d'emporter les cœurs.

Il serait injuste de conclure sans un mot pour la vaste galerie qui les accueillait et mettait si bien en valeur les œuvres grâce à un éclairage particulièrement soigné d'Eric Pierrot.
A voir pour le plaisir, en ces rudes, ces grises journées pluvieuses.

Exposition du 27 Mars au 19 Avril 2008
Du mercredi au samedi, de 12h à 19h
UNIVER- 6, cité de l'ameublement. 75011 Paris. M° Faidherbe - Chaligny.
Tel : 01 43 67 00 67

Pluie ou larmes

Ce matin, rendez-vous au Mémorial de la Shoah.
Sous une pluie battante, entre deux bourrasques, je porte à Madame Lior Smadja, responsable de la photothèque, "Loin de l'Espoir" et les grands tirages de "Je me souviens de vous" qui me battent les flancs avec des claquements de voile.
A l'entrée, je tends, docile, mes photos du camp et mon sac à la fouille.
C'est la première fois que je viens.
Je sais où je suis mais je n'y ai pas pensé. Sans doute, je me crois préparée.
La liste des noms gravés me frappe de plein fouet. Je ne suis jamais préparée à rien. Toujours ouverte.
Est ce qu'il pleut? Ou est ce moi qui pleure?
A peine si j'attends quelques minutes dans l'entrée.
Je regarde sur le mur se succéder les visages et les noms. Un pâle soleil, parfois, passe, qui les efface un peu. Il y a là les visages de ceux qui sont revenus et de qui ne sont jamais revenus. Qui ont été attendus et jamais ne sont revenus.
Pourquoi les résistants sont ils toujours aussi beaux?
Savais-je qu'il y avait eu des résistants juifs? Je veux dire, je crois avoir toujours pensé à eux comme à des gens terrés dans leurs maisons ou dans une cache ou fuyant et étant pris. C'est à force d'entendre dire.
Mais, ils sont là, trois, une femme et deux hommes, de jeunes gens, plissant les yeux dans le dur soleil, beaux comme les miliciens espagnols sur les photos de Capa, je ne peux pas dire mieux.

Cours particulier

Je donne cet après-midi son premier cours de labo à ma nouvelle élève, Elisabeth L.
Elisabeth L. ne dirait on pas le titre d'un roman de Duras?
Elisabeth L. est belle quand elle veut et aussi quand elle rit.
Elle est concentrée, pose mille questions comme les enfants, du genre "Et le révélateur, quels produits chimiques, il contient?", après elle prend le flacon et lit tout à haute voix comme pour une recette de cuisine. On sent que ça lui parle. J'en reste bouche bée !
Elisabeth apprend vite, ce qui réjouit la prof en moi, il faut bien l'avouer.


Etant jeune, je n'avais pas la fibre enseignante, trop exigeante, je n'aimais que les élèves doués !
Avec l'âge et l'expérience m'est venu le privilège des cours particuliers ; ce rapport à deux me convient davantage car je trouve motivant de répondre à une attente, des envies précises, à accompagner de manière privilégiée chaque élève dans sa propre recherche.
Dans un monde de prêt à porter, prêt à penser, prêt à manger, j'aime l'idée du "sur mesure", du cousu main.
Certainement, je m'efforce de donner le cours que j'aimerais prendre. Pour résumer en souriant "exigence et générosité du regard" me parait une bonne devise !

Aube pâle,merveilleuse solitude et chance inespérée

Aujourd'hui Dimanche, malgré la fatigue qui commence à se faire sentir, nous reprenons vieilles habitudes de nous lever matin car décidément je ne peux pas me résoudre à voir la place San Marco couverte de touristes, ça me gâche le plaisir, je préfèrerais m'en passer.
Dire que c'est facile de s'arracher du lit quand le réveil sonne et de partir le ventre vide et les yeux encore tout gonflés de sommeil pour une petite heure de marche rapide dans l'hulidité glacée du matin, je mentirai.


Mais être là, tout seuls sur la place vide noyée de brume, c'est se refaire Sakkarah en Italie, je souris aux anges, j'en chanterais de bonheur tellement c'est beau.

Epuisés, nous sommes...

Heureusement que nous devons rentrer demain parce que nous sommes à moitié morts d'épuisement !

Pour preuve, regardez A., le pauvre, tout en vrac par terre, en train d'attendre que j'ai fini de jouer avec le pola ; ça fait pas peine ça ?!

Aujourd'hui samedi, nous nous sommes tellement surmenés que j'ai du mal à nous reconnaître, il est où le couple qui trouvait le moyen de faire une petite sieste crapuleuse à Prague entre une visite à l'atelier de Josef Sudek et la découverte du cimetière juif ?
Retour à l'hôtel, un plat de gnocchis aux quatre fromages et un petit coup de blanc à 18h nous terrassent plus sûrement que Saint Georges le dragon et nous filons au lit sans remords ni remous de conscience.
Sans rire, j'ai vu, je veux dire regardé, depuis notre arrivée, des centaines de bagues en verre de Murano ; elles défilent sous mes yeux clos, le soir quand je m'endors, elles sautent le Canale Grande comme autant de petits moutons colorés ! J'ai vu aussi plus de masques que je n'en verrai jamais durant tout le reste de mon existence dussé-je vivre mille ans, mais là, c'était malgré moi, c'était sans regarder ! C'est ça aussi Venise, j'imagine.
Aujourd'hui, il y avait un petit rayon de soleil qui rendait l'air plus doux, la ballade plus agréable, mais pas la ville plus belle…je continue de faire des photos médiocres les unes après les autres.

San Marco sera notre Sakkarah, rendez-vous à l'aube du dernier jour, quand je dis aube…
Une pensée pour toi, Stéphanie, tu dois être bien fatiguée toi aussi après ce fameux déménagement. Bienvenue dans ta nouvelle maison. Il me tarde de voir ta salle de bain !!!
Petite SÅ“ur chérie, à notre retour il faudra absolument que je te montre le très joli petit portrait d'Hemingway au Harry's Bar que tu m'as si gentiment offert ! On vous racontera le reste de vive voix…

Brumes matinales


Ah, j'aimerai vous dire que les mystérieuses images cachées dans le Nikon rachèteront un peu les poncifs que je vous inflige, mais rien de moins sûr !

On vous en racontera davantage ce soir ; pour l'heure c'est Samedi et l'Accademia nous attend. Cet après midi, ils seront des milliers et nous irons claquer des dents devant le Grand Hôtel des Bains en rêvant à Tadzio…

Tendresses à tous et à chacun en particulier.