Départ des caisses d'expo pour Toulouse

Nous avons dormi au bureau cette nuit avec A. non seulement pour finir le projet de stage, mais aussi pour descendre ce matin les trois caisses où sont les oeuvres qui partent pour L'Espace Saint Cyprien, histoire qu'elles ne passent pas la nuit dans le hall de l'immeuble.
On m'avait promis que les transporteurs seraient deux et donc je n'ai prévu personne, mais naturellement il est seul et je dois, comme d'habitude, l'aider à les charger jusqu'au camion ; l'homme est gentil, mais les caisses sont lourdes et je ne peux pas m'empêcher de me demander comment je ferai dans dix ans... Les joies de la vie d'artiste, j'imagine.

Stage photo - Initiation à la lumière de studio 1

Encore un week-end studieux qui s'achève en apothéose sur les futons du bureau.
A. et moi, finissons de mettre sur pied le stage photo organisé par le Collectif L'Oeil de l'Esprit.
Après des heures et des heures à peaufiner un projet pédagogique, à trouver le maître de stage et à corriger les fautes de frappe, voilà, c'est bouclé ; je regarde en baillant d'épuisement et de satisfaction partir le mail qui l'annonce !
On ne croirait pas que ce puisse être si long, si "prise de tête" et, si nous n'avions pas conçu plusieurs niveaux de perfectionnement répartis sur les mois à venir, j'aurais sûrement renoncé, considérant que le jeu n'en valait pas la chandelle.

Le stage, prévu pour le samedi 16 janvier 2010, sera donc le premier d'une série de 5 consacrés à l'initiation à la lumière de studio appliquée au portrait.
En noir et blanc, en argentique et en lumière continue !
Il s'agira de petits modules de deux heures pour deux élèves seulement ; nous conservons ainsi l'idée du cours particulier à laquelle je tiens.

C'est Arnaud Joly qui a été choisi comme maître de stage, parce que c'est un vrai passionné de lumière et que j'aime sa manière de l'envisager, à la fois sensible et très technique.
Et tant pis s'il faut le faire venir de Lyon tout exprès !


© Arnaud Joly

Il a concocté un programme si alléchant que je serais tentée d'y assister moi-même, avec évocation de l'histoire du portrait en studio depuis les débuts de la photographie et découverte (ou redécouverte) des photographes qui l'ont marquée dans ce domaine comme cerise sur le gâteau.

Bien qu'à l'origine ces stages aient été pensés pour les élèves de L'Oeil de l'Esprit, afin d'enrichir l'enseignement qu'ils reçoivent au long de l'année, il a finalement été décidé d'ouvrir à tous leur inscription.

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Nouvelle recrue

Hier, Christian Mc Manus rejoint notre collectif L'Oeil de l'Esprit.
C'est une décision que j'attendais depuis quelques temps et qui me ravie.
J'improvise une dinette à la maison pour fêter ça...

Art Document - Kentmere

Hier soir, premier cours avec Guillaume.
C'est un cours-cadeau que lui offre sa sÅ“ur pour son anniversaire ; j'adore l'idée.
Guillaume n'est pas un débutant, il prend déjà des cours ailleurs, mais un des ces cours du soir en groupe où chacun est à moitié livré à lui-même.
Nous allons passer une dizaine d'heures ensemble ces prochaines semaine et j'ai promis d'essayer de lui montrer des petites choses nouvelles.
Pour commencer, nous testons tous les papiers disponibles en ce moment au labo.
C'est mon credo, l'écriture de l'image passe aussi par le choix du papier.
Donc, classique, on parle de barytés, Warmtone Ilford (nous n'utilisons pas l'Ilford Multigrade IV FB Fiber), 532 et 542 Foma...les 2 heures passent vite...fin de cours, je me rappelle que j'ai encore de l'Art Classic de Kentmere et même s'il n'est plus fabriqué, je décide de lui montrer, pour le plaisir des yeux ! Il a existé le temps où, loin du confort des grades et demi-grades, je me débattais entre une boite de 2 et une boite de 3. C'était avant que Kentmere cesse de fabriquer le 3 et qu'on doive se contenter du 2 et faire plutôt les images en fonction des couples papier/révélateur.
J'en ai encore des frissons dans le dos.
J'ai souvenirs des tirages 60/90 avec Nathalie Lopparelli à Fenêtre sur Cour, pour l'exposition de la Direction des Affaires Culturelles à Paris, l'Eukobrom à 1+4, la température à 16°, une sorte de glorieux petit enfer !
Mais finalement, des noirs somptueux aussi.
La moitié obscure des tirages actuellement exposés au Petit Palais sont tirés là dessus. Bref, en cherchant, l'Art Classic, à force de farfouiller, je tombe sur une boite blanche à bandeau bleu que je ramène au labo bien qu'elle ne pèse pas lourd et qu'il semble y avoir à peine à l'intérieur de quoi bricoler un test ou deux.
Guillaume coupe aux ciseaux une bande mais au moment de la poser sous l'agrandisseur, comme par magie, en voilà deux ; je sais exactement de quoi il s'agit, il n'y a pas eu tant de papiers sur le marché avec un grammage aussi léger, c'est un peu comme exhumer un os de dinosaure sur un champs de fouilles, nous sommes en présence d'Art Document.
Lui, n'en a jamais vu, jamais entendu parler même, je suis la seule à être émue !
Je me rappelle l'époque où, pour finir les tirages d'exposition clairs du Petit Palais, alors que l'usine avait cessé de produire et qu'il n' y avait plus une feuille 40/50 disponible en France, il nous manquait, à Jean-Pierre Haie et moi-même, une pochette de 10 feuilles, pour laquelle je me serais damnée, et que j'avais appelé tous les revendeurs de tous les pays d'Europe, pour dénicher enfin cette malheureuse pochette.
Donc, là, hier soir, comme un petit miracle, 2 feuilles 24/30 venus d'on ne sait où, rescapées...


© Guillaume Brignon (test)

Et tout de suite, mon esprit en ébullition...que puis-je faire d'elles ?!

Qu'apprend on à nos enfants ?

Précisons en préambule que j'ai une tendresse toute particulière pour les plus jeunes de mes élèves, Maléna et Julien, respectivement 14 et 16 ans, car, pour avoir fait le choix d'apprendre la photographie argentique dans un monde où la plupart s'efforce de leur faire croire qu'elle est, non seulement moribonde, mais encore "dépassée", ils me paraissent déjà exceptionnels.
Donc, vendredi soir, fin de cours avec Julien, enfermés dans la chambre noire, tandis que les images se révèlent dans les bains, nous jouons aux devinettes.
Question : Peux tu me citer 3 photographes français ?
Hésitation.
Réponse : Toi, Dominique Isserman...Françoise Huguier.
On admirera ici et, personnellement je m'incline devant tant de précoce galanterie.
A tort où à raison, et parce que je l'entends au fil des cours évoquer toujours spontanément avec tendresse et élégance, ses sœurs et ses amies, j'en déduis que ce jeune homme a grandi dans une famille où le respect de la femme était naturel et j'éprouve une estime reconnaissante pour la manière dont ses parents l'ont élevé.
Mais, en tant que photographe, je ne suis tout de même pas assez imbue de ma personne pour n'être pas légèrement atterrée par cette réponse.
Et là, je le demande, qu'est ce que le système scolaire apprend donc à nos enfants ?!
Voilà un adolescent qui ne vient pas d'un milieu défavorisé, qui n'a pas de problèmes particuliers à l'école, qui apprend gentiment le chinois par goût, dont la scolarité s'est certainement déroulée dans des établissement de qualité, au moins hors des ZEP, et qui est tout de même incapable de me citer, même sans connaître leurs vies par coeur, au hasard, Henri Cartier-Bresson, Nadar et Robert Doisneau, pour ne citer que les plus populaires.
Voilà des adolescents qui ont, soi-disant, des cours d'art plastique, des adolescents qu'on surcharge d'heures, qui travaillent les mercredi et les samedis, mais à qui notre système scolaire n'est pas parvenu à faire découvrir, ne serait-ce que, 3 photographes français.
Où est le problème ?
Je n'ai pas osé demander par qui ni où avait été, au moins en partie, inventée la photographie...
Mais Dominique Isserman, Françoise Huguier, se demande le lecteur surpris et encore plein d'espoir, ne comptent-elles pas ?
Oui et non.
Oui, parce que c'est effectivement une réponse juste.
Non, parce que c'est moi qui les ai fait connaitre à Julien, en lui suggérant d'aller assister aux rencontres qu'Hervé Le Goff organisaient entre elles et le public durant le Salon de la Photo et que, donc, c'est de la triche !
Non aussi, parce qu'indépendamment du respect que je porte au travail de chacune, si Julien devait partir sur une île déserte avec trois monographies de photographes français...j'espère pour lui qu'il emporterait des œuvres plus fondamentales.
La question ici n'est pas, on l'aura compris, ce que sait ou ne sait pas un adolescent de 16 ans, mais bien ce qu'on ne lui a pas appris et pourquoi la photographie n'est toujours pas enseignée dans les établissements scolaires comme un art à part entière ?!
N'allons pas nous étonner ensuite de rencontrer des personnes pour affirmer haut et fort lors de diners en ville que la photographie n'est pas un art.

Sans m'avancer beaucoup, je crains que ce ne soit pas précisément durant ces prochaines années que les choses changent et que la culture trouve à l'école la place qui me semble lui être due.

Photos Nouvelles

Je trouve à l'instant dans ma boite aux lettres le nouveau numéro du magazine Photos Nouvelles que sa rédactrice en chef, Isabelle Darrigrand, me fait parvenir.
Une double page y est consacrée à celles de mes photographies qui sont actuellement exposées au Petit Palais.
C'est une grande joie et une grande fierté pour moi et que ces images soient précisément accompagnées d'un texte de Dominique Gaessler, pour qui mon estime n'a d'égale que ma reconnaissance, ajoute encore à mon bonheur.

Exposition Michael Kenna à la BNF

Rendez-vous improvisé avec Vinca et Hakan Bazack à la BNF pour l'exposition Michael Kenna.
Les amis de nos amis...nous retrouvons là le jeune photographe Pascal Montary avant son départ au Japon.
J'ai toujours apprécié la salle d'exposition de la BNF (je parle du site Richelieu), bien que la salle gris-bleu de l'entrée, avec ses lumières différentes, me semble un piège, en terme d'accrochage.
Je connais le travail de Michael Kenna depuis dix ou quinze ans ; je pense que j'ai dû voir les premiers tirages à Demi-Teinte, à moins que ce ne soit à Camera Obscura, mais c'est ma première exposition et je ne possède aucun de ses nombreux livres, bien que j'ai toujours trouvées belles les images que j'ai vues de loin en loin.
Ah, non, je me trompe, j'ai un de ses livres ''L'impossible oubli'', sur les camps d'extermination en Allemagne. Un livre acheté alors que je travaillais moi-même sur le camp de concentration de Rivesaltes.
Mais c'est un travail que je déteste tellement que, tout à l'heure, je l'ai occulté et que je préfère ne pas en parler ici.
Ce n'est pas le propos.
D'ailleurs, à mon avis, il aurait été intéressant de mettre quelques unes de ces photos des camps au milieu des paysages exposés à la BNF, on aurait pu constater que c'était exactement le même parti pris esthétique, la même écriture photographique, la même manière d'envisager la beauté du monde...ce qui a de quoi mettre, pour le moins, mal à l'aise, à mon avis...
Et là, je voudrais revenir à l'exposition, mais finalement, c'est comme si j'avais tout dit.

J'ai beaucoup encouragé mes élèves, ces dernières semaines, à aller y faire un saut, ne serait ce que pour voir de très beaux tirages, et, dès l'entrée, je me réjouis ; les tirages sont effectivement splendides, superbes, en quelque sorte irréprochables, ou parfaits, comme on préfèrera, avec une sorte de délicat petit virage sépia (?) qui m'apparait charmant sur le coup.
100 photos plus loin, l'apparente perfection me semble légèrement suspecte et la petite teinte sépia, sirupeuse jusqu'à la nausée.
A la fin de l'exposition, j'éprouve une pénible overdose de cette perfection répétitive et, même si je suis contente pour lui qu'il sache faire une photo esthétique de tout ce qu'il voit, je me demande si, pour ma part, c'est ça que j'attends de la photographie et, un peu aussi, comment on peut poser exactement le même regard 30 ans durant sur toutes les parties du monde de Shangaï au Mont Saint Michel, en passant par l'île de Pâques.
Un monde à peu près réduit aux mêmes ciels et aux mêmes lumières.
De manière moins évidente à percevoir, Michael Kenna serait-il une sorte de Bernard Buffet de la photographie, appliquant juste une ficelle ?

Magnifique, pour sa part, j'en conviens volontiers.

Du hamster sur sa roue

Comme vous avez pu le constater ces derniers temps, je n'ai pas une grande motivation pour écrire depuis notre retour à Paris.
Les raisons en sont certainement, pour partie, l'aspect péniblement routinier de notre nouvelle vie d'adulte précédemment évoquée et l'absence quasi chronique de temps libre ; j'hésite à retracer ici un quotidien que je peine à trouver palpitant.
Le temps passé devant un ordinateur, pour un résultat si abstrait, si peu réel finalement, me coute et j'ai, chaque jour, un désir presque douloureux de faire des choses de mes mains, qu'il s'agisse de chambre noire, de peindre sur des tirages, de confitures de figues ou de longues lettres à mes amis...mais les jours s'enchainent sans que j'ai rien pu faire, ou si peu...
Du coup, mon énergie, éternellement tenue en bride, se venge par un épuisement tenace.
Et puisque je ne peux faire ce dont j'ai réellement envie, je n'ai plus d'énergie pour rien du tout.
Assez simple au fond, non?!

Heureusement, dans cette passe délicate, ma petite troupe d'élèves me donne, dans l'ensemble, plus de satisfactions que de soucis et je me réjouis de bénéficier d'une ambiance harmonieuse et de rentrer chez moi, le devoir accompli, sans y ramener de sujets à contrariétés ou à ruminations, car rien de pire que les tensions humaines au travail pour vous empoisonner la vie, c'est bien connu.

Les anciennes font leur petit bonhomme de chemin et je mesure les progrès qu'elles ont accomplis en regardant les nouveaux faire leurs premiers pas, apprendre les mêmes gestes, les mêmes automatismes de base.
Quant aux nouvelles recrues, s'ils sont tenaces, ce sera une bonne cuvée, j'en mettrais déjà ma main à couper.

Hier soir, après son cours, décalé tout exprès, nous partons, Jean-François et moi, retrouver 1983 et A. pour une petite visite de l'expo August Sander à la Fondation Henri Cartier-Bresson.
Rendez-vous pris voilà des semaines, nous nous réjouissons de nous retrouver enfin pour découvrir ou retrouver ses fameuses photos, Les 3 paysans, Les paysannes...
Mais, je ne crois pas trahir le sentiment général en écrivant ici que nous ne sommes pas ressortis complètement enthousiastes.
Pour ma part, j'aurais volontiers échangé la grande part faite à des paysages qui m'ont laissée de marbre, au mieux, pour une plus grande quantité de ces formidables portraits.
Et je ne veux pas faire ma difficile, ni paraitre avoir un caractère chagrin, mais je reste stupéfaite de la médiocre qualité de la lumière d'une fondation dont une partie de la vocation consiste justement à montrer de la photographie ; qu'une image ne soit pas du tout éclairée parce qu'elle est "en coin", me semble difficile à admettre.
De deux chose l'une, soit on l'éclaire, mais là, visiblement, il y a eu problème à la conception du système d'éclairage, soit on l'accroche ailleurs !
En cours...