Comme à la grande époque

La semaine dernière, toute à mon enthousiasme des nouveaux stages de sténopé qu'organise L'Oeil de l'Esprit entre juillet et septembre, je m'offre une nouvelle boite en carton.
Jolie, la boite, dans le genre sobre, un peu ce que la petite robe noire est à une garde-robe.
Et alors, pendant toute la semaine suivante, rien n'est assez beau pour elle, pas un sujet qui en vaille la peine.
Et puis, qu'on veuille bien se rappeler le temps qu'il a fait sur Paris début juin...
Tout de même, elle est dans mon sac à chaque fois que je sors de chez moi.
Et les jours passent ; il me semble qu'à moins de partir en voyage je ne vais jamais faire avec la moindre photo. Mais me voilà soudain en train d'essayer de photographier dans le salon ma petite table de travail.
A. qui téléphone me souffle l'idée perverse de développer dans la salle de bain, à quoi je trouve d'abord mille objections, la première étant que j'ai justement un labo pour ne pas tirer dans notre salle de bain et que ce n'est pas parce que le Mac trône depuis des jours en travers de la table où nous prenons nos repas et que lui-même dort, peu j'en conviens, dans le salon depuis autant de nuits, que je dois achever de transformer ce qui était notre nid douillet en annexe du bureau.
La seconde étant qu'il faudrait occulter la petite fenêtre...
Ensuite, évidement, la tentation est trop grande.
Depuis combien de temps n'avais je pas développé dans ma salle de bain ?
A vrai dire, d'aussi loin que j'essaie de me rappeler, ça ne m'est jamais arrivé ; adolescente, j'ai assez tôt transformé ma chambre en labo, plus tard, j'ai eu tout un tas de cuisines-combinées labo, mais de salle de bain point.
Qu'on imagine ma jubilation tandis que, montée sur la lunette des WC, j'occulte la lucarne avec deux sacs-poubelle et ma perplexité devant la pile d'assiette à soupe que je m'apprête à transformer en cuvettes, quel modèle sera le plus approprié ?
Entre la lumière du Blackberry et celle de la frontale qui nous à servi pour la montée de nuit du Mont Sinaï, j'opte sans hésitation pour cette dernière.
Un torchon dans la cuisine, je ne peux tout de même pas sacrifier une serviette éponge, la trotteuse du réveil de la cuisine et voilà, le tour est joué.
Dieu, que c'est bon d'avoir toujours 15 ans !

Projection privée du documentaire d'Adrian Claret "L'Egypte de Flore"

A. et moi attendions avec un peu d'impatience et pas mal de stress la première projection privée de L'Égypte de Flore au cinéma L'Entrepôt.
Avec son lot d'éternelles questions, les mêmes que pour un vernissage ou une première de spectacle, y aura-t-il du monde, (je veux dire suffisamment), quel accueil le public va-t-il faire au travail ?
Pour une fois que je n'étais pas en première ligne, j'ai pu goûter à mon tour le rare luxe des petites phrases réconfortantes, ne t'inquiètes donc pas, ça va aller... que j'ai d'ordinaire plutôt l'occasion d'entendre que de proférer.
Et, je l'avoue, c'est bon aussi.
A ceux qui n'étaient pas présents, j'ai le plaisir de dire que la salle était presque comble et qu'il y avait même des gens assis sur les marches ; une grande partie de nos proches nous avait fait l'amitié de venir, acheteurs et collectionneurs s'étaient déplacés, une poignée des élèves de l'Atelier Photographique étaient présents, mieux encore des inconnus étaient là, levés tôt un samedi matin pour découvrir l'envers du décor, naturellement le collectif L'Oeil de l'Esprit, qui produisait, était réuni au complet et, cerise sur le gâteau, Guillaume Fleureau, était là lui aussi .

Autant dire que lorsque la lumière s'est éteinte, je n'en menais pas large non plus.
Passé la projection les mains crispées aux accoudoirs de mon fauteuil, suspendue à mes propres lèvres comme si j'allais me tromper dans une réplique et finalement lâcher une idiotie énorme...on est peu de chose...
Aux premiers rires, j'ai dû recommencer à respirer un peu.

Ce n'est pas rien vivre avec quelqu'un et être là le premier jour où la première réalisation est rendue publique.
C'était remarquablement émouvant.

L'accueil a été très chaleureux et les craintes qui avaient récurrentes durant la post-production, trop long ? trop court ? narcissique ? ennuyeux ? trop poétique ? trop pédagogue ? envolées au fur et à mesure des compliments.
Bien sûr, certains préféraient la partie égyptienne où l'on me voit travailler et se fichaient à peu près du reste et pour d'autres c'était juste tout le contraire, mais chacun s'accordaient à dire que nous avions été honnêtes et pour ma part ça avait été tout le temps ma préoccupation première.
Seul bémol, léger, nous avions escompté quelques prises de paroles à la fin de la projection, mais en lieu et place du petit débat convivial espéré, où tous auraient pu profiter des réponses données aux interrogations de chacun, nous avons dû nous contenter de répondre à un petit monceau de questions posées en aparté.

Heureusement, ensuite la grande tablée du déjeuner nous a offert ce joli moment de convivialité.



Plus tard, quelqu'un(e) m'a demandé si je n'étais pas tracassée par mon image et ma voix et plus tard encore je me suis dis que sûrement ça voulait dire que je n'étais pas à mon avantage et bien sûr j'aurais préféré entendre dire que je sortais bien à l'écran et j'en ai été légèrement chiffonnée.
Mais j'ai choisi il y a longtemps déjà ; et si je ne peux pas tout avoir, si je dois choisir, alors la joliesse ne m'intéresse pas et ce qui m'importe par dessus tout, c'est ça être profondément honnête dans ce que je fais, et pour la joliesse, il ne me reste ni temps ni énergie.

Pour la beauté, c'est encore autre chose.

Demande d'atelier d'artiste

A. et moi réunissons le peu d'énergie qui nous reste, après ces deux derniers mois de marathon, pour rassembler la petite montagne de paperasses nécessaire à une demande d'atelier d'artiste.
Disons qu'il y a environ 10 ans d'attente, que le dossier doit être renouvelé 2 fois par an et l'inscription à l'Opac tous les ans ; de quoi décourager les caractères les mieux trempés.
Les conditions à remplir sont délicieuses et je tiens à vous en livrer la quintessence.
Vous devez pouvoir justifier :
D'une production riche et régulière depuis de nombreuses années.
De la précarité extrême de vos ressources.
De l'exiguïté de votre actuel lieu de production.

Je vulgarise ; vous devez avoir produit beaucoup, depuis très longtemps, dans des conditions financières extrêmement difficiles et si possible dans un lieu ridiculement petit.
Autant dire, c'est la quadrature du cercle.
Néanmoins, nous nous lançons dans cette passionnante épreuve ; à quoi on peut penser que nous avons été frappés d'une nouvelle forme d'optimisme, que, pour ma part, je qualifierais d'optimisme imbécile.

Affaire à suivre...

47ème Foire Internationale de Bièvres - Prix du Jeune Photographe - Sarah Valente

On aura pu sentir ici et là, à me lire ces derniers temps, un peu de doute et d'épuisement pour ce qui concernait mes activités pédagogiques.
Je suis heureuse et fière de pouvoir annoncer ce soir que le jury de la 47 ème Foire Internationale de Bièvre a récompensé mon élève Sarah Valente pour sa série ''Noir d'Ivoire'' en lui attribuant le Prix du Jeune Photographe.


© Sarah Valente 2009

Et je ne crois pas exagérer en disant que son travail a été particulièrement remarqué.
Pour ma part, sans être partisane et après avoir consciencieusement arpenté la totalité des stands, je pense qu'il se distinguait au moins pour deux raisons, le parti pris radical, très personnel, de l'écriture, parfaitement honnête et sans désir de plaire, et la grande homogénéité de la série présentée, face à une majorité d'accrochages plus ou moins faits de bric et de broc ; je ne parle pas de la qualité des tirages qui est bien le moins qu'on puisse attendre à mon avis.
Sarah Valente est venue vers moi, il y a 18 mois environ, pour que je lui enseigne la photographie et j'ai vu son engagement dans cette voie difficile devenir de plus en plus clair.
Ce n'est pas rien de voir quelqu'un qui fait de la photographie, tout le monde en fait aujourd'hui, se transformer en photographe, ce n'est pas souvent non plus, et, si ce n'est pas toujours facile, c'est vraiment formidable et l'énergie que j'ai pu y consacrer, finalement n'a pas était dépensée en vain.
Je suis très heureuse pour elle de ce prix qui récompense une obstination et un combat acharné de ces six derniers mois.
J'espère qu'il va lui mettre le pied à l'étrier.
J'espère surtout qu'elle va continuer à travailler, car on sait bien que la deuxième série est souvent plus difficile que la première...
Je me réjouis aussi à titre personnel, on le comprendra facilement, car le jury de Bièvres avait déjà primé une de mes élèves l'année dernière, Isabelle L. Grand Prix d'Auteur 2009 et cette nouvelle récompense cette année est un signe d'encouragement pour l'enseignante que je suis.
Que l'Atelier Photographique de L'Oeil de l'Esprit devienne une pépinière de nouveaux talents est une de mes grandes ambitions, je ne m'en cache pas.

Ceux qui voudraient découvrir le travail de Sarah Valente d'une manière un peu plus excitante qu'au travers de son site internet, pourront se rendre à la première exposition organisée par le collectif La Base.

Vernissage jeudi 17 juin à partir de 18h

Du 17 juin au 10 juillet 2010
Galerie de l'Echaudée
16 rue de l'échaudée
75006 Paris
M° Saint-Germain