Quelques mots sur Alep, suite...

Je vous livre ce matin la suite du billet du 11 novembre sur Alep que je vous avais promise.
(...) Deux, la mosquée d'Alep, non seulement n'arrive évidement pas à la cheville de la mosquée des Omeyyades architecturalement parlant, elle n'en a pas non plus le charme tout particulier, mais en plus à sa porte principale se trouve un abruti réactionnaire de la pire espèce.
Ainsi ce matin, ai-je non seulement dû enfiler une jupe longue sur mon pantalon (pitié) mais l'abruti en question, bien que j'ai déjà eu la tête couverte, pas de décolleté et des manches longues, a-t-il voulu à toutes forces que j'enfile de surcroît une sorte de, je ne sais comment dire, une sorte de truc immonde comme un poncho trop étroit pour qu'on y passe la tête complète de sorte qu'il reste coincé quelque part entre la bouche et le nez, qui à la fois cachait les cheveux et le bas du visage en boudinant affreusement et, par sa longueur empêchait à peu près l'usage des mains.


© A.

L'ensemble était humiliant et dégradant au possible et, pour la première fois de puis que j'enfile des tenues diverses pour des mosquées diverses, j'en ai été révoltée.
Même à Al-Azhar au Caire, mon chèche blanc sur la tête suffisait.
Ce qui étaye ma théorie sur le désir de dénaturer ma féminité et de me rabaisser par une obligation arbitraire (et néanmoins, c'est intéressant à préciser, payante), c'est que moins de 15 mn après moi est entrée une autre touriste qui avait été dispensée du "haut" et portait simplement son foulard lâche sur les cheveux.
Aussitôt A. qui était déjà scandalisé de me voir accoutrée et réduite de la sorte m'a exhortée à quitter ce truc abominable et à remettre mon chèche.
Ce que j'ai fait près d'une autre porte d'entrée et le monsieur qui la gardait m'ayant vu faire a jugé ma nouvelle tenue tout à fait correcte et suffisante.

La mosquée elle même ne présentant pas grand intérêt, nous sommes ensuite restés peu de temps mais j'ai gardé de ce passage un goût fort amer et je m'en suis voulu d'avoir accepté d'obéir à l'homme de l'entrée principale.
Naturellement, c'était plus facile une fois la visite achevée de se dire que le jeu n'en valait pas la chandelle, de se dire la prochaine fois, je n'accepterai pas.
Néanmoins, je pense que j'ai atteint ce matin une limite au delà de laquelle mes convictions et mon ressenti ont été si malmenés que je ne vois pas, à la réflexion, quel monument peut valoir que j'accepte qu'on attente à mon intégrité de femme.
Je crois que ma vigilance personnelle commence par là, être claire avec moi-même et définir "là est ma limite".
Aucun bâtiment ne vaut ça, qu'on m'impose ça, que j'accepte ça.

Merci à A. de m'avoir encouragée.

Ce billet qui aurait aussi bien pu rester à l'état de brouillon sur mon carnet de voyage fait en quelque sorte ici suite à mon billet du 22 novembre sur la Journée de la Jupe - et éclaire mon engagement.

En attendant Sarah...

Ce billet aurait dû être dans la nouvelle catégorie que j'ai ouverte sur mon blog En attendant Sarah, mais pour que chacun puisse suivre plus tard, lorsque le voyage sera en train de se préparer et ensuite lorsque je me battrais pour en tirer quelques photos, le voilà plus classiquement dans la série Maroc 2011.
Comme d'habitude me semble-t-il, nous n'avons pas tenu plus de 10 jours avant de reprendre des billets pour ailleurs.
Ce sera le Maroc bis repetita parce Marrakech-Essaouira° ça ne pouvait pas être autre chose qu'une mise en bouche.
Parce que Delphine A. sera encore à Casablanca et que c'est bien de ne pas laisser passer ces petites occasions de partager ensemble des moments différents de ceux que nous connaissons lorsqu'elle vient en cours à Paris....
Parce que j'y ai bien travaillé en avril dernier et qu'il n'y a pas de raisons que nous ayons de mauvaises surprises, que le pays ait perdu soudainement tout son charme.



Donc, ce sera 17 jours la deuxième quinzaine de mai, Tanger-Fès-Meknès et retour de Casablanca.

C'est bien loin, on aura l'occasion de s'en reparler...
Naturellement et comme toujours, tous les tuyaux et les infos, les livres à lire, la musique à écouter et les noms d'hôtels sont les bienvenus d'ici là.

° Les photographies de Morocco sont visibles à la Galerie Demi-Teinte - 8, rue Mayran - 75009 Paris - Tel : 01 48 78 97 02

Syrie, premier labo - Perdue

Alors par chance, il y avait encore, ici et là, quelques heures à grappiller dans mon emploi du temps de rentrée.
Toujours étonnée, pour ne pas dire carrément-terrifiée de voir à quel point il reste finalement peu de temps à me consacrer à moi-même, quand ce devrait être au moins une des priorités d'une vie qui, au final, ne sera pas si longue qu'on doive la gaspiller sans conscience.

Bref, je commence à tirer la Syrie.
D'abord de petites bandes-test volées à la place du déjeuner, entre deux cours.
Du bon, du décevant.
De petits bout que je trimballe partout ensuite dans la journée, que je pose sur ma table de chevet, que je récupère au matin, que je fourre dans mon sac de voyage, sur lesquels je travaille, que je montre à A., que je ne montre pas.
Que je regarde encore et encore.
Des bouts auxquels je suis attachée pour l'instant, que la photo soit bonne ou mauvaise ; parce que j'y ai cru, parce que là j'ai essayé.

Avant - quand mon labo était encore mon labo, avant que mon labo ne devienne une sorte de lieu plus ou moins public, où chacun plus ou moins farfouille sans pitié ni pudeur, R. l'autre jour encore ne s'en cachait pas, vous accueillez quelques personnes chez vous, il y en aura toujours de délicates et d'autres pour ouvrir vos placards, retourner vos tiroirs et tripoter vos sous-vêtements, avant donc que mon labo n'accueille des élèves et des profs - j'avais un petit tableau d'affichage qui servait pour ces moments là, j'accrochais de petites épreuves de lecture et je les regardais assez longtemps et puis un jour les tirages étaient faits et je les enlevais, ou certaines partaient à la galerie parce qu'elles étaient devenues uniques au fil du temps.
j'imagine qu'il y a un prix à payer pour toute chose, c'est le prix de L'Oeil, je suppose.
Maintenant, je prends toutes ces petites choses avec moi et je les regarde dans la rue, dans le bus, à la maison...c'est pas grave.

Bref, ensuite j'ai eu vraiment du temps à moi et je me suis mise à tirer.
Ça a été dur, parce qu'après toutes ces semaines à regarder des photos d'autres gens, à les corriger, à les tirer, à vouloir des choses pour des photos qui ne sont pas les miennes, je ne savais plus trop de quoi j'avais envie, je m'étais perdue.
Ce n'est pas que j'avais envie de quelque chose qui aurait appartenu à un autre photographe, non, je n'avais plus envie de rien en quelque sorte, je ne savais plus si c'était assez dur ou pas assez, assez foncé ou pas assez, j'aurais bien tout planté là pour rentrer me coucher, et prendre les autres photos d'Une Femme Française pour coller au plus près, c'est pas comme ça qu'on fait du bon travail...
Pour moi, le labo, ça vient du ventre, ça engage tout de soi lorsqu'on y est.

Je ne suis pas rentrée à la maison parce que mépriser 5 heures de temps libre, c'est pas un luxe que je peux m'offrir, j'ai commencé à tirer sans réfléchir trop et à chaque nouveau tirage je savais que j'étais à côté, aussi sûr que 2 et 2 font 4, je le savais comme à l'époque où j'accordais mon violon au diapason, et il n'y avait rien à faire, juste continuer encore et encore à tirer la même image.
Peut-être sept, neuf fois.
Et au bout d'un moment, je me suis retrouvée et chaque tirage était meilleur que le précédent et me ressemblait davantage.
Alors seulement j'ai tiré la numérotation complète.

Appel à participation - Journée de la Jupe

Une fois n'est pas coutume, quatre lignes consacrées à autre chose qu'à la photographie.
Jeudi 25 novembre aura lieu la Journée de la Jupe, et personnellement malgré la température polaire qu'on nous annonce, je jouerai à ce jeu là ; une manière comme une autre de participer à ce que notre féminité ne finisse pas ensevelie sous de sombres voiles.
Je trouve cette initiative de Ni Putes ni Soumises tout à fait inventive, insolente et pertinente, en tant que femme, je me sens concernée, que je ne vive pas dans les quartiers ne change rien, il me semble que l'air du temps que l'on respire est le même pour toutes.
Une manière de revendiquer et protéger les acquis de 68 pour lesquelles nos mères, la mienne en tous cas, se sont battus et qu'elles nous ont légués, liberté à jouir de notre corps, liberté sexuelle, droit à la pilule et droit à l'avortement, un semblant d'égalité homme - femme... et monokini sur les plages...toutes choses apparemment superflues et frivoles auxquelles j'ai la faiblesse de tenir énormément et je crains que la tendance actuelle soit légèrement-insidieusement réactionnaire sur certaines d'entre elles.
Partout, de tout temps, il semble y avoir eu des hommes pour nous dicter ce que nous devons-pouvons faire.
Restons vigilantes...

Paris-Photo 2010

Longue visite à Paris-Photo cet après-midi avec A.
Même en faisant l'impasse sur les grands tirages couleurs tellement vus et revus qu'ils donnent la nausée et en survolant les grand classiques présents chaque année, je suis épuisée-gavée à mi-parcours ; n'était le prix plutôt exorbitant et le manque total de disponibilité, nous aurions bien regardé le tout en deux fois.

Comme à peu près chaque fois, nous commençons par la droite, Camera Obscura oblige.
Et comme souvent, le plaisir de retrouver les petits Masao Yamamoto supplante la lassitude devant les sempiternels Michael Keena.
A l'extérieur, quelques tirages Fresson de Bernard Plossu, dont un coin de canapé rouge et violet que j'aime tout particulièrement.
A Vu, ma préférence absolue va vers le magnifique vintage de Michael Ackerman° représentant une petite fille aux yeux comme révulsés ; mais je suis assez intéressée aussi par les tirages de José Ramon Bas que je n'avais vu "en vrai", comme on dit, depuis longtemps.
A La Lumière des Roses (me semble-t-il), un polyptyque d'Harry Callahan fait de quatre minuscules photographies carrées dont une représente une poubelle de bureau en métal et une autre une brindille, le reste m'échappe, mais l'ensemble d'une grande délicatesse malgré un cadre assez mal réussi à mon avis.
A la Howard Greenberg Gallery, quelques tirages de toute beauté comme d'habitude dont Le milicien fauché par une balle de Robert Capa.
Un joli petit vintage de l'Atelier de Mondrian de Kertesz.
Ici et là, un Sudek délicieux.

Mais, sans hésitation aucune, notre coup de cœur commun de cette édition 2010 aura été Naufrage le grand autoportrait d'Alberto Garcia Alix à la Galerie Juana de Aizpuru
Eussions nous eu 13000 euros disponibles, nous n'aurions pas hésité une seconde...
Du coup, tout ce que nous avons vu ensuite nous paraissant moins bien, nous sommes partis, sans avoir vraiment tout vu mais sans culpabiliser le moins du monde, boire une tasse de chocolat chaud chez Angelina.

° Jusqu'au 11 décembre à la Galerie Vu - 58, rue Saint Lazare - 75009 Paris

Reprise dans la grisaille glaciale

Fin de la récréation.
Reprise des cours dans un froid qui, par comparaison, me parait polaire.

Récupéré les films hier.
Comment dire ?
Pas de miracle, sur les 26 bobines péniblement arraché à ce périple syrien, hormis les problèmes techniques toujours agaçants à mon âge mais plus ou moins inhérents à ce type de boitier, un tas de photos correctes, bien cadrées-bien propres, on s'en fout un peu à vrai dire que je sois capable de mettre tout un tas de choses en forme dans un carré, et à les regarder j'ai presque autant d'ennui que j'en ai eu en les faisant, et, disons, 5 bonnes images, différentes de ce que j'avais pu faire jusqu'ici...
A peu près ce que j'avais envisagé en le vivant.
Je décide de voir le verre à moitié plein.

Ah, j'oubliais, un petit quadryptique de polas réalisés dans notre chambre à l'Hôtel Baron avec du vrai SX-70 que m'avait offert mon grand ami Rémi Nicolas voilà déjà quelques mois et que j'avais précieusement gardé pour une belle occasion.
Il aimerait savoir, il me semble, qu'ils ont été faits dans la chambre de Lawrence d'Arabie...

Vernissages ce soir et autres actualités photographiques

On me trouvera ce soir vers 18h 30 au vernissage de la Galerie Corcia, heureuse d'être rentrée à Paris à temps pour découvrir le nouveau travail de ma copine Louise Narbo.
Et comme il ne saurait être question pour nous de manquer celui mon pote Hector Olguin à la Galerie Octobre, ce sera une soirée très très photographique.
Ceux qui veulent m'y retrouver sont les bienvenus.

PS : J'espère qu'il n'aura pas échappé à ma bande de louveteaux que Paris Photo démarre demain mercredi, sous le signe de la photographie de l'Est ; pour ma part, ayant cours avec Gersende, j'y serai jeudi en fin d'après-midi...
Et vous ?!

Retour à la maison via Budapest

En direct de l'aéroport de Budapest, un petit résumé de la fin du voyage.

Harassante journée à souker dans l'espoir de trouver les petites bricoles qui manquent - on ne s'assied même pas pour déjeuner - il faut dire qu'il n'y a pas un choix fou si l'on évite les tee-shirt avec reproduction de stèle mésopotamienne en doré, bouteilles de sable de couleurs formant le portrait de Bachar el-Assad, faux "pashmina" et, c'est nouveau pour nous, faux "satoosh" (alors là en plus le vrai est juste absolument interdit).

2h - Une voiture envoyée par l'hôtel vient nous prendre avec armes et bagages et, moyennant 800 SL, nous amène jusqu'à l'aéroport de Damas où nous espérons prendre le vol de 3h50, sympa non comme horaire, non ?
Ensuite, c'est comme d'habitude le petit jeu pour éviter les rayons-X aux films, ou au moins aux films faits.
Joué gagné, joué perdu, joué gagné.
Deux contrôles à Damas et encore un à Budapest quand nous pensions être tirés d'affaire, mais malgré une affluence affolante le type prend le temps de les passer à l'anti-explosifs et c'est réglé en trois minutes ; ça me console un peu de l'abruti de Damas qui n'a rien voulu entendre alors que j'avais réussi à convaincre son collègue.
Lorsque cette pénible scène prend fin et que je rejoints les autres en salle d'embarquement, un monsieur qui avait essayé de nous aider en traduisant de l'anglais à l'arabe et ensuite avait suivi les pourparlers me prend à part et me dit : Pourquoi ne lui avez vous pas proposé d'argent ?
Ben oui, pourquoi, hein ?
Mais c'est bien simple, cher Monsieur, avec ma culture très française finalement, je n'y ai pas pensé une seconde ; où on voit que je suis encore une voyageuse inexpérimentée et naïve.
Ensuite, avec A. on en rit un peu, on se figure en train de bakchicher la sécurité à Roissy et la réaction du type en face ; qu'on veuille bien imaginer...
Ici, une pensée pour l'équipe de la police qui nous a aidé à l'aller.
Ceux qui me connaissent savent que je n'ai pas le patriotisme frénétique, mais ce petit échange me fait dire qu'on appartient à sa culture et à son éducation qu'on le veuille ou non...

6h20 - Arrivée à Budapest - je mentirais en disant que je suis fraîche comme une rose - nous retrouvons avec plaisir la propreté, le charme féminin libéré de ses entraves, le café et les croissants sans fromage.
Pas désagréable, somme toute.
Grand ciel bleu-rose du matin et petite température frisquette qui nous fait augurer de la température parisienne, si j'ai bien lu les derniers messages.
En fin d'après-midi, je sortirai de mon lit seulement pour aller poser les films chez Demi-Teinte...ensuite ?... je me rongerai les sangs jusqu'à demain !

De Saint Simeon au Baron

Encore deux petites bricoles avant de quitter Alep pour retourner à Damas.

L'autre après-midi, un peu las d'avoir marché depuis l'aube à la recherche d'un éventuel miracle, au gré de l'intuition du moment nous nous calons dans un taxi ; direction le fameux Monastère de Saint Simeon.
Pour ceux qui l'ignorent encore, Saint Simeon est le premier des illuminés qui a passé une quarantaine d'années debout ou agenouillé sur sa colonne, à 18 m du sol, plus près de Toi, mon Dieu. Il a été le précurseur d'une sorte de courant, les stylites, dont Saint Luc a été le recordman, 45 à 50 ans.
J'invite ceux qui se poseraient des questions d'ordre pratique, (comment il mangeait, comment il faisait pipi, est-ce qu'il descendait, est-ce qu'il restait perché) à faire leurs propres recherches, les versions des guides locaux variant assez sur ces détails, somme toute, mineurs.


© A.

Revenons en à notre escapade en taxi dans la lumière déjà déclinante, d'ordinaire A. n'aurait eu de cesse que de nous faire attraper le minibus local et d'enchainer par l'inévitable taxi du village après âpre marchandage, mais grâce à ce petit coup de mou, nous avons pu profiter paisiblement installés de cette ballade de 35 km aux alentours d'Alep.
Le taxi syrien n'étant pas le taxi égyptien, nous n'y avons pas risqué notre vie et le tout nous ayant bien pris ¾ heures nous avons pu profiter du paysage.
Il n'aurait pas été très sympathique d'envoyer cet homme aussi loin d'Alep et de le faire rentrer à vide, quand on sait le prix dérisoire d'une course, luxe total, nous l'avons gardé pour le retour en lui offrant un café durant notre visite et en payant l'attente en plus de la course.
A vrai dire, je n'avais pas manifesté un enthousiasme effréné lorsqu'A. m'avait proposé cette visite quelques jours auparavant, mais il faut bien avouer que rester 6jours à Alep, c'est un peu comme rester 10 jours à Assouan, on en a assez vite fait le tour, même à marcher toute la journée et à souker le reste du temps, la mosquée, le musée, la citadelle, ok ok.
Ensuite mieux vaut trouver à se distraire par ses propres moyens...il y a aussi les environs...donc trois jours après notre arrivée, je faisais moins la fine bouche...
Bien m'en a pris, le Monastère de Saint Simeon vaut assurément la ballade, qu'on la fasse en minibus ou en taxi, dans la lumière du soir c'est vraiment ravissant.


© A.

De surcroit, il y avait peu de monde sur le site, une trentaine de personnes à peine, ce qui rajoutait sensiblement à notre plaisir comme on l'imagine.
Je travaille gentiment jusqu'à la nuit tombée, mais sans une extrême conviction, faire de l'architecture équipée comme je le suis relevant plutôt de l'optimisme béat...
Au retour, il y a un charme fou à dire "Ramenez nous à l'Hôtel Baron s'il vous plait"...

à suivre...

Quelques mots sur Alep

Voilà quatre jours que nous sommes arrivés à Alep et il serait temps que j'y consacre quelques lignes.
Il me semble que nous avons aimé Alep avant même d'avoir quitté le premier taxi ; sans doute quelque chose de ses façades de bois ouvragé tombant en décrépitude nous faisait-il déjà penser à Port Saïd tandis que de la gare routière nous roulions à paisible allure vers l'hôtel Quasr Alhamra.
Par contre, si A. a eu l'intuition que j'allais mieux travailler qu'à Damas, pour ma part je n'aurais juré de rien.



Notre hôtel (catégorie de prix moyen à chic du Routard) est effectivement absolument neuf comme le signale le guide et les chambres s'ouvrent en effet avec une carte à puce ; si neuf même que ni les ampoules, ni les douilles n'ont été placées au dessus des lits, les fils dénudés sortent directement du mur.
La wiless n'est pas encore en marche faute d'avoir reçu l'autorisation de la police et s'il y a une cuisine, on ne peut pas obtenir de petit déjeuner (difficile de savoir pourquoi). Néanmoins et malgré l'impossibilité d'obtenir une eau pour la douche qui ne soit ni bouillante ni glacée, nous en sommes satisfaits ; l'ensemble est propre et l'accueil résolument sympathique à défaut d'être compétant.
Ici, deux mots sur le Routard Syrie : il est vraiment pitoyable.
A croire que personne n'est allé jamais jeter un petit Å“il ni vérifier les renseignements fournis ; une partie des noms, des adresses et des informations et des horaires est fausse ou fantaisiste ou floue.
Sur cette base, nous nous retrouvons hier au Service de l'ةmigration pour faire valider nos visas et signaler notre présence parce que c'est "le quatorzième jour que ce doit être fait", nous traversons la ville en taxi (2 millions et demi d'habitants) pour nous entendre dire sur place que c'est seulement au bout d'un mois.
A Paris déjà, le Routard annonçait quinze jours d'attente pour l'obtention des visas, nous avons eu les nôtres au bout de 28 jours.
Le reste à l'avenant...
Dans catégorie "achats" d'Alep, pas une seule adresse conseillée !



Mais revenons en à Alep ; elle a le charme des très vieilles villes et chaque porte cochère recèle des cours, des "khans", magnifiques, qui étaient autrefois des caravansérails.
Du coup, il suffit de marcher en entrant partout où c'est ouvert ; en disant bonjour poliment et avec le sourire il n'y a jamais aucun souci même si maintenant les lieux sont investis par tous les corps de métiers.
Les souks, sans être aussi luxueux que ceux d'Istanbul, ni aussi richement fournis, sont mille fois plus attachant que ceux de Damas et bien plus agréables même s'il n'y a pas grand chose à chiner, à part du savon, quelques foulards de soie et des bijoux comme on en voit partout ailleurs, ces derniers à des prix prohibitifs (pour le coup, autant les acheter à Damas. On trouvera les mêmes au petit Souk des Artisants où, sans être donnés, ils seront annoncés à des prix de base plus raisonnables).

L'allée centrale du souk donne sur la Citadelle entourée d'une vaste esplanade qui donne à la ville une belle respiration.
Tôt le matin, on peut profiter très agréablement d'Alep au gré de ses rue désertes par une température que j'ose qualifier d'idéale, comme elle était baignée chaque jour par un délicieux printemps.
Enfin, à cette époque de l'année...
A peine si à l'aube ou le soir pour sortir diner nous passons un petite laine. On aura senti que nous nous plaisons bien ici ; les gens de surcroît y sont adorables.

Attention, pour ceux qui ne connaissent pas ces régions du monde, je ne voudrais pas non plus laisser à penser qu'Alep serait une sorte de gros Nice sans la mer...hein, on se réveille, c'est une grosse ville du Moyen-Orient, pauvre, sale et bruyante...



Deux bémols :
Un- Je n'y travaille pas mieux qu'à Damas ou guère ; il y a fort à parier que la Femme Française se trouve à un tournant de sa vie, qu'elle aspire à autre chose, qui serait disons, sale, bruyant et pauvre, mais différent et qu'elle éprouve une légère lassitude dans sa quête.



Deux- La mosquée d'Alep, non seulement n'arrive pas architecturalement parlant à la cheville des Omeyyades, elle n'en a pas non plus atmosphère toute particulière, mais de surcroît à sa porte principale se trouve un abruti réactionnaire de la pire espèce... à suivre...

Palmyre-Alep, reflexions photographiques

Partis pour buller ce matin prendre un dernier déjeuner tranquillement et trouver un bus pour Homs en milieu d'après-midi, nous changeons finalement d'avis et décidons de quitter plutôt Palmyre pour ne pas arriver à Alep en fin de soirée.
L'office du Tourisme qui nous indique les horaires est si démuni qu'il est obligé d'arracher un coin de feuille pour nous les griffonner dessus ; pauvre homme relégué, seul dans sa petite pièce triste au fond du couloir et qui ne voit probablement personne certains jours.
Le petit déjeuner avalé, il nous reste à peine ¾ heures pour faire les sacs, payer l'hôtel et rejoindre la gare routière.
On se bouge.





D'une manière ou d'une autre voilà un journée perdue pour la photographie ; 5h30 de bus et 2h d'attente devraient en occuper la majeure partie.
Espérons qu'Alep en vaut la peine et que je ne vais pas regretter ce petit coin de désert poussiéreux, le petit vieux qui me souriait chaque soir de sa charrette que tirait un joli petit âne blanc.
Chaque jour, dans mon viseur, je mate le vieux qui passe ; le vieux me jette un oeil en passant, ce n'est que justice.
Bientôt le vieux me salut de la main en souriant, me crie des salutations en arabe, nous sommes maintenant familiers.
J'échange aussi des salutations complices avec le type qui tient la boutique Kodack ; il faut dire que mes boitiers éveillent la curiosité, le bleu tout particulièrement. Mais que je sois encore en film, en 120 de surcroit, la première fois il n'en revenait pas.
Plus de films en Syrie, il dit.
Malesch.
Je compatis
A quand notre tour ? je pense.



La conséquence de faire de chaque jour une quête photographique, c'est de penser à la photographie.
Non qu'avec les élèves, au quotidien, je n'y pense pas, mais évidement ce n'est pas comparable ; entre répondre à des questions qu'on s'est posé il y a 30 ans, 20 ans et répondre ou même seulement 10 ans auparavant et répondre aux nouvelles qui se posent dans la solitude inhérente à toute quête artistique sincère, il y a une sacrée distance.
Je pense qu'on reconnaît assez facilement les photographes des gens qui font de la photo à leurs interrogations.
Je parle d'interrogations qui pourraient être qualifiées de métaphysiques naturellement, les questions techniques n'étant qu'accessoires à côté.
A 16 ans la question du style me taraudait déjà. Fille d'une femme peintre dont on pouvait, au premier coup d'œil, reconnaître quel que fût le médium utilisé, je la savais fondamentale.
Comment trouvait-on son style malgré le handicap de la "machine" photographique semblait la grande énigme de ma vie.
Avoir son propre style, sa propre écriture, sa propre forme m'est toujours apparu comme la chose la plus enviable en même temps que le minimum d'honnêteté, je veux dire, envers moi-même.



Je n'ai jamais cessé de chercher à accorder les "apparences" de cette forme au "fond " du moi du moment.
A 33 ans, j'ai eu de la chance, la mort est venue dévaster ma vie ; j'ai enfin pu éprouver le concept de "fond".
La pensée que j'aurais pu passer à côté toute ma vie me fait frémir à posteriori, je parle de la nécessité.



Cocteau disait (à peu près) qu'écrire sans la nécessité n'est rien, ce n'est que littérature.
Pour ce qui est de la mienne, depuis sa venue, elle semble toujours plus impérieuse, comme tendue dans une course contre, disons, une adversaire de toute première force.
Elle me laisse de moins en moins de répit ; c'est assez épuisant, assez douloureux même parfois.
Ayant trouvé quelque forme et pas mal de fond, on pourrait me croire quelque peu à l'abri des questionnements dont je parlais plus haut.
Que dalle.



J'ai depuis longtemps la hantise de me copier moi-même (assez de gens s'y essayent) et, partant, le désir de me dépasser sans cesse.
Il semblerait que se dépasser soit une tâche assez ardue à la longue.
Tout à la fois tenir la bride finement tressée d'une nouvelle série, souvent de longue haleine, et se dépasser un peu chaque fois.
Voilà à quoi je m'efforce debout, immobile, face à mon millième palmier.
Un palmier syrien cette fois.
Voilà pourquoi mes nuits sont courtes et mon humeur changeante.
Même série.
Mêmes boitiers.
Mêmes films.
Même papier plus tard.
Seule.



Ah que le dialogue serait bon, ô combien, de retour à Paris, l'échange serait enrichissant et profitable et que ma mère a eu de chance de garder son maître jusqu'à la mort de celui-ci.



Pour l'heure, Alep via Homs by bus.
Si je rentre avec une seule image "autre", ce sera déjà beaucoup.

Et pour ce qui est du dialogue, peut-être se renouera-t-il un jour.
Car que m'importe qu'on me dise que ce que je fais est bien si personne ne peut m'aider à ce que ce soit MIEUX.

En attendant les pancakes du soir

Petit résumé de la vie ici.

Nous logeons au Alnakheel Hôtel (qui est dans les prix moyens du Routard ) et nous nous en trouvons bien.
L'équipe qui le gère est plutôt sympathique, pas lourde du tout sur les rares propositions d'excursions à dos de chameau et autres nuits dans le désert.
L'ensemble des chambres est décoré façon tente bédouine ; la notre est triple, elle a donc l'avantage d'être un peu vaste.
Seul bémol, mais on était prévenus, elle est sur la rue, impossible d'envisager dormir sans boules Quiès.
Depuis Le Caire, on s'est équipé.
Autre inconvénient, pas de stores, pas de volets, les doubles rideaux ne protégeant de rien, la lumière entre dès l'aube, environ 5 heures en cette saison.
Alors disons le muezzin vers 4h30, la lumière vers 5h, quand notre réveil sonne vers 6h30, on est déjà à moitié préparés.
Petite salle de bain attenante avec eau vraiment chaude et belle pression.
Voilà pour le coucher.
Pour le manger, après avoir tâtonné un peu, Vénus Restaurant juste en face de l'hôtel et l'agréable terrasse intérieure du Casa Mia, nous avons finalement opté pour le Tradiotional Palmyra Restaurant dans le milieu de la rue principale, à deux pas du Cyber Café.
La déco semble un prolongement de celle de l'hôtel, tapis muraux et autres bédouineries pas désagréables à regarder vues d'ici, cuisine variée et réellement satisfaisante.

Donc, d'un côté j'ai recommencé à travailler, c'est à dire que nous ne marchons pas en vain toute la journée, et d'un autre nous trouvons la vie ici plutôt agréable.


© A.

Évidement, pour ceux qui connaissent, ce n'est pas Siwa non plus, il ne faut pas rêver, il n'y a pas ici cette paix paradisiaque, ni l'extrême gentillesse d'une population protégée du tourisme de masse par une position géographiquement privilégiée, et nous quitterons Palmyre sans cette tristesse qui nous avait saisis en quittant Siwa.

Pour ce qui du rapport, assez pressant parfois, des boutiquiers et de certains enfants, ce peut un peu lassant, mais il suffit de lire le dernier billet de A. pour comprendre que les choses ne sont pas si simples.
En 1920, afin d'entreprendre les travaux de restauration du grand Temple de Bel, les Français expulsent de son enceinte les quelques milliers de bédouins qui avaient installé là leur campement, y vivaient et y commerçaient.
Il ne s'agit pas ici de disconvenir de l'utilité des fouilles archéologiques...
Mais que deviennent ces gens ?
On leur construit rapidement quelques maisons en dur à proximité.
Leurs petits-enfants donc vivent là aujourd'hui, au bord d'un des sites archéologiques les plus fréquentés du pays.
Leurs choix de vie peut se résumer à s'occuper des touristes ou s'occuper des moutons.
Revenons à la petite anecdote de l'enfant d'hier, il paraît évident, à moins d'être absolument abruti, que ce petit garçon de 4 ans déguisé en bédouin n'a pas choisi d'attendre dès 8h du matin, dans un vent glacial, les premiers bus de touristes pour essayer de leur vendre ses petits paquets de cartes postales.
Au contraire, il y a fort à parier que, s'il avait le choix, il resterait plutôt au chaud dans son lit près de sa maman, en attendant d'avoir l'âge d'aller à l'école apprendre à lire et écrire.
Il y a beaucoup à parier aussi que sa famille a besoin de cet argent et compte beaucoup sur sa joliesse, sa petite bouille craquante, pour en ramener à la maison.
Soyons clairs, à mon sens la place de cet enfant n'est pas là à attendre ce bus de touristes ; un enfant de quatre ans ne devrait pas travailler dehors du matin au soir.
On se remémore la scène : une dizaine de touristes au sortir du temple s'arrête quelques minutes en riant pour photographier (manipuler et finalement humilier) un ravissant petit garçon de quatre ans ; ayant fait leurs photos-souvenirs, ils se détournent en se moquant de l'audace du gamin qui espérait quelque argent. L'enfant pleure.

A. dit à juste titre – En grandissant que va devenir la relation de cet enfant avec les étrangers qu'il sera encore et encore obligé de fréquenter quotidiennement ? Je me (vous) le demande aussi.
Un peu lourd ? Un peu pressant devant sa boutique ?
Sans doute, les méprisant un peu, pratiquera-t-il des prix exorbitants.

Pour ma part, après un unique petit tour des commerces de la rue principale, n'ayant aucun goût à me faire escroquer, je renonce à acheter quoi que ce soit ici ; il n'y a rien d'ailleurs, sinon des colliers de plastique jaune qu'on essayera de vous vendre pour de l'ambre et de pierres rouges qu'on vous jurera être du corail.


© A.

Qu'importe, nous sommes en plein désert, l'air est glacial ou brûlant, absolument pur ou tout flou de poussière selon l'heure ; nous allons chaque jour matin et soir jusqu'au temple, nous y faisons quelques photos, nous y dessinons en grignotant de minuscules figues sèches et du pain plat.
Il y a parfois des moment de grâce...


© A.

En voyant ce soir encore l'exquise lumière qui baignait les alentours du temple et la palmeraie, j'ai de nouveau demandé à A. de remettre encore d'un jour notre départ vers Alep.

Les larmes du petit Ahmed par A.

Palmyre - Temple de Bel


© A.

Il est 11h quand nous quittons le temple qui est maintenant rempli de touristes.
En sortant nous remarquons un groupe autour d'un jeune enfant d'environ 4 ans qui est là pour vendre des cartes postales.
Il est tout petit, habillé avec la tenue locale et porte un chèche. Il est vraiment trop mignon.

Les touristes le mitraillent de photos, en le faisant poser.
D'abord, tous avec leur appareil photo compact, ensuite le "pro" du groupe avec son reflex et son zoom énorme d'une sous-marque quelconque qui ouvre comme un cul de bouteille.
Il le déplace à l'écart du groupe et le photographie dans un pénible contrejour.

Après tout ce temps à le mitrailler et le déplacer, le groupe remonte vite dans son bus.
L'enfant, qui a joué le jeu tout ce temps, essaye de leur vendre ses cartes ou leur demande un peu d'argent.
Mais rien. Personne qui lui achète de cartes ni lui donne une pièce.
Le bus ferme ses portes et l'enfant se retrouve seul.
Il court vers son grand frère et tombe en larmes dans ses bras.

Nous observons toute la scène avec tristesse.
Que pouvons nous faire ? Nous n'avons ni bonbon, ni gateau pour le consoler.
Lui donner de l'argent ?
Lui acheter des cartes ?
Flore propose alors de lui faire un petit cadeau, un polaroid, et moi de lui acheter un lot de cartes postales.
Mais l'enfant est inconsolable et boudeur. Je tente alors d'expliquer à son frère la proposition de Flore en répétant le mot "cadeau, cadeau" en arabe. L'enfant se détend.
Flore sort le SX-70 et lui fait une photo de plein pied sur un muret.
L'enfant reste boudeur car il ne comprend pas tout a fait ce qui se passe et craint de se faire photographier de nouveau par un touriste.
Flore lui tend le polaroid qui est tout blanc. Elle lui fait signe de le secouer et d'attendre. L'enfant s'exécute et petit à petit l'image apparaît.
Il sourit.
Le grand frère nous remerci et range la photo dans le petit sac de l'enfant en lui réexpliquant que c'est un cadeau de Flore qui est une photographe française. L'enfant s'appelle Ahmed et il a 4 ans. Il sèche ses larmes et nous dit au revoir.

Je comprends qu'on ne veuille pas donner de l'argent à un enfant qui mendit. Mais l'utiliser pendant 5 minutes puis retourner dans son bus climatisé en disant :
- Je vais quand même pas payer pour quelques photos !

Je trouve cela dégoutant !
A défaut de le rétribuer pour cela, on peut au moins lui acheter une carte postale.
Ou tout simplement ne pas le photographier !

Damas - Alep via Palmyre

3h30 de bus pour arriver à l'oasis de Palmyre, j'en profite pour finir Just a kids le dernier livre de Patti Smith qui raconte son histoire avec Mapplethorpe.
Fort intéressant pour qui s'intéresse à la photographie, au processus créateur et à ce photographe sulfureux.
Très émouvant aussi, pour moi en tous cas dont Horses a bercé les premieres années passionnement photographiques.

Si bien travaillé à Palmyre aujourd'hui que je demande à A. de s'arranger pour que nous puissions rester un peu plus.
En particulier photographié des enfants disputant un match de football dans la poussière dorée du soir...
Ah, "suivre l'action" avec le 75 mm de mon Holga, un moment de photographie pure !

Escapade à Bosra

J'accueille avec joie la proposition de A. de nous rendre à Bosra pour la journée puisque nous ne pouvons pas quitter tout à fait Damas avant le rendez-vous à l'Ambassade de France que j'ai obtenu grâce à la gentillesse de Gersende M.
Ce n'est pas que je pense travailler mieux Bosra, mais au moins verrons nous quelque chose de beau, avec un peu de chance.
Dans la série "on se débrouille mal cette année", le réveil ne sonne pas et nous nous levons trop tard pour espérer même avec une lumière potable ; si je ne râle pas ce n'est pas que je sois devenue zen, je suis juste comme anesthésiée.

Hier déjà, une des deux mousses du nouveau Holga, maudit soit ce matériel de m..., s'étant arrachée, est venue se fourrer dans le film tandis que je bobinais innocemment ; ensuite, évidement, le film est tout boudiné et la lumière rentre par les côtés.
Je me réjouis déjà, ayant vécu l'an dernier à Séville la même mésaventure, d'avoir pensé à amener mon manchon, mais un instant d'inattention, je sors la mousse péniblement récupérée ET le bras, avant d'avoir rembobiné totalement.
Du coup la lumière rentre.
Je me giflerais.
Ensuite il faut faire le deuil de la pauvre petite douzaine d'images si péniblement arrachée à nos journées damassiennes.

J'en reviens à Bosra ; et pour commencer, j'arrête là tout de suite les plus pointilleux de mes lecteurs qui seraient tentés de venir me chercher les poux sur la tête en me demandant ce que compte faire Une Femme Française sur un site greco-romain et "est-ce c'est l'Orient ?", "Déjà l'Orient ?" etc
A ce stade de désarroi, je menace à chaque instant de suicider Une Femme Française et d'acheter un M6.
Un Leica M6, je veux dire, pas un M 16 ( pour ceux qui n'arriveraient pas à suivre).

Deux bonnes heures de bus plus loin, Bosra donc, et ça valait vraiment la ballade ; l'amphithéâtre dans un état de conservation tel qu'on pouvait presque vraiment s'imaginer ce que ça devait être à l'époque.
Encore plus beau qu'à Ephèse.
Même si à la fin, je veux dire après les quatre photos de rigueur, j'ai surtout fait de l'aquarelle.



Parce qu'à la fin, ils sont tous partis - les cars de touristes allemands qui chantaient l'Hymne à la Joie et les inévitables chants folkloriques et Nathalie et Marie-Chantal qui entonnaient aussi un petit bout d'air si sympathique et pas complètement faux, suivi de John qui déclamait Shakespeare pour son bus à lui, ce serait dommage de s'en priver, hein ?- donc, tous partis et nous, restés absolument seuls dans le soleil couchant, avec les 11998 autres places vides et un silence exquis.
Au retour, le bus est bien tombé en panne dans la nuit noire, mais c'était une toute petite panne de rien du tout comme il en arrive dans ces pays là et on est quand même rentrés à Damas, même si c'était plus tard et avec un autre bus...