Fès - Casablanca

Malgré quelques heures d'une pluie chaude qui fait ressembler la ville à une vaste serre à orchidées tiède et moite et le plaisir de retrouver bientôt Delphine A. à Casablanca, nous quittons Fès à regrets.
Dernière ballade sous une pluie drue pour le plaisir de retrouver Rémi Nicolas venu éclairer le spectacle d'Arman Amar durant le Festival des Musiques Sacrées et de photographier Bab Makina, la fameuse porte en couverture de Maroc, le livre consacré aux autochromes de Gabriel Veyre ; la scène adossée pour l'occasion à la porte donnant forcément une vision moins poétique du lieu.



Nous touchons maintenant à la fin du séjour et, pour ce qui est de la photographie au moins, les voyages se suivent et ne se ressemblent pas.
Amené cette fois le SX-70 autant dire pour rien - même pas terminé un pack - et avec 40 films, j'en ai eu largement assez.
Comme d'habitude, nous avons marché beaucoup et j'ai travaillé avec constance mais, me semble-t-il, sans moments de grâce particuliers.
Partant, je m'estimerai satisfaite si j'ai deux bonnes photos de chaque ville pour enrichir Une Femme Française en Orient.
Temps lent de l'argentique.
Bien que Demi-Teinte me fasse gentiment un passage dès mon retour à Paris, comme je repars immédiatement pour le montage de l'exposition à la galerie Adorna Caraçoes, c'est A. qui me portera les contacts en me rejoignant mercredi à Porto.



Période ambiguë, une partie de moi en train de travailler à Fès ici et maintenant et l'autre déjà concentrée sur les expositions des jours prochains ; de part et d'autres des enjeux de même importance, se laisser complètement absorber par la ville, par le voyage et garder un contact étroit avec la réalité, les mails qui circulent, les cartons d'invitations à valider, la presse qui annonce, les cadres à choisir...
Être dedans et dehors.
De soi, je veux dire.
Par caractère, je préfère que le temps de travail et le temps de montrer - qui n'est pas exempt du temps de paraître - soient plus éloignés l'un de l'autre et il est heureux que je ne sois pas seule à faire face aujourd'hui que ces deux temps se télescopent.

D'autant qu'une partie de mon esprit volète autour de l'Atelier, des élèves, des voyages et du travail de chacun ; non pas par inquiétude car je le sais entre de bonnes mains en mon absence, Marie-Noëlle et Marie se relayant à la barre, mais par une sorte de fil d'Ariane dont je ne me défais pas si aisément.

Coté shopping.
Nous ramenons assez de babouches, de poteries et d'épices pour être des gens comme les autres.



Apéritif chez Delphine à Casa.
Photo : A.

Fès, la préférée

Ma copine Marie et moi-même faisons de menus travaux d'écriture tandis que nos compagnons sont à leur cours de cuisine marocaine.
En attendant de les rejoindre pour déguster le très-certainement délicieux tajine à l'abricot et aux amandes de midi fruit de leurs efforts de la matinée.



Voici le résumé des épisodes précédents.

Sommes parvenus à Fès samedi.
Grâce à un train direct, le voyage ne nous a guère pris plus de 4 heures que j'ai mises à profit surtout pour regarder le paysage, puisqu'après tout un pays existe aussi entre deux villes contrairement à ce que nous vivons pour notre part.
Arrivés dans la lumière déjà déclinante de la fin d'après-midi, le taxi qui nous mène de la gare à notre nouveau "petit" hôtel dans le nord de la ville longe une route qui surplombe la ville et nous offre un panorama magnifique ; ceux qui connaissent Fès verront de quoi je parle.



A peine déposés les bagages, A. nous entraine dans la médina.
On entend tant de choses sur Fès et que sa médina est un labyrinthe où il sera impossible de se retrouver sans guide et que ses habitants sont franchement hostiles et agressifs etc. que je ne suis pas pas sans une certaine appréhension et que je redoute qu'il me soit impossible de travailler.
Que nenni.



Nous avons un véritable coup de foudre pour cette ville et quand à moi, j'affirme avoir rarement rencontré une population plus courtoise, plus urbaine, comme on disait quand on avait encore l'occasion de le dire.
Il se trouvera certainement un esprit chagrin pour me rétorquer que c'est grâce à la police touristique mais ce n'est pas de cela dont je parle, car le type qui mène son âne boire au point d'eau d'un cimetière hors de la ville et, me croisant sur l'étroit sentier entre deux tombes, me salut en français d'un "Bonsoir Madame", qu'en a-t-il à faire de la police touristique ?
Rien.



Non plus que le petit vieux d'hier, certainement assez pauvre, qui me propose en arabe la moitié de son pain plat, qui est aussi la moitié de son déjeuner, parce que je suis tout près de lui au moment où il s'apprête à manger.
C'est de cela dont je parle et dont je pourrais multiplier les exemples à l'infini.
On peut apprécier une ville pour l'harmonie de son architecture, la beauté de ses fontaines et de ses palais, la luxuriance de ses jardins et en cela Fès est déjà très privilégiée mais on peut aussi, j'imagine, aimer une ville pour ses habitants dont la fréquentation simple au quotidien sera pour beaucoup dans le charme qu'on y trouvera.
C'est le cas pour nous ici.



Ah, je ne veux pas dire que les rabatteurs aient disparus comme par enchantement du quartier des tanneurs ni des abords de la mosquée Qaraouiyine et, hier après-midi encore, un taxi nous a posé en vrac au milieu de nulle part au lieu de nous amener à l'endroit convenu parce que le deuxième client qu'il venait de charger était certainement plus avantageux, alors que le matin déjà, nous avions eu affaire à un de ces commençants remarquablement épuisants qui par une sorte de politesse menaçante parviennent à vous attirer, puis à vous maintenir à l'intérieur d'une échoppe dans laquelle vous n'aviez aucun désir, ni aucune intention, même vague, d'entrer et de laquelle il va être maintenant pénible, sinon impossible, de sortir sans acheter ou sans en venir aux mots. Mais ces incidents, pour aussi désagréables soient ils, ne peuvent pas entacher une population toute entière qui vous sourira par ailleurs gentiment du matin jusqu'au soir.
Si de votre côté, vous êtes aussi polis et agréables, naturellement.

Tanger - Résumé des meilleurs moments

Jeudi matin.
Pour une fois le réveil sonne, nous retournons au marché, j'essaye de faire une image qui se tienne.
Debout sur mon promontoire impossible de passer inaperçu ou d'être discrète. Bien que 15 mètres nous sépares, les paysannes rouspètent, font non de la tête et des mains sous leurs chapeaux à pompons.
Avec mon 80mm, j'ai la moitié de la rue dans mon viseur mais chacune semble penser que je fais un gros plan de son visage pour le prochain numéro de GEO. Peu d'alternatives.
Malgré la flemme qui m'étreint cette année, je me pousse au c..., je m'y colle.
Je saute de mon muret, traverse en évitant voiture et véhicules divers, puis je me fraie un chemin entre des bottes de carottes nouvelles et un monticule d'artichaut sous le regard bien veillant d'un vieux qui passe et me voilà près d'elles, mes petites paysannes qui s'agitent et qui piaillent à mesure que je m'avance.
Je m'accroupis aussi au milieu des légumes, sinon comment discuter - Salam, Salam, Lebes, Lebes- échangeons nous entre deux gestes de protestation.
J'ai livré là la moitié de mon arabe, sans doute en ont elle fait autant, à la maison elle doivent parler le dialecte tangérois.
Je m'explique, je fais des cadres avec mes mains – pouce et index à l'équerre, langage universel – je retire l'appareil au dessus de ma tête lentement comme on sors une arme, et lorsque je le tiens enfin, elles s'affolent encore, mais quand je le montre (le lecteur se rappelle de mon vieil Holga, le lacet qui lui tient lieu de bandoulière) elles rient rassurées.
Il passe de main en main et revient.
Inoffensif et désarmant.
On se fait encore quelques sourires, je mime un dernier "plan large".
Bslâma.
Me revoilà sur mon muret.
La vie reprend.

Ce n'est pas sans mystère car si je préfèrerais mille fois être invisible pour travailler au fond j'aime bien ces moments de contact.
Les femmes surtout sont si rieuses.



L'après midi encore sur la corniche longeant l'Atlantique, quatre amies qui regardent Gibraltar en riant.

En fin d'après midi, la première séance au cinéma RIF ; nous sommes sept dans une salle qui évoque d'avantage Cinéma Paradiso que nos actuels multiplexes.
C'est délicieusement hors du temps, hors de France aussi.



Vendredi midi.
Le fameux couscous au légumes dans le patio de la Maison Communautaire des Femmes ; il semblerait que toute la ville se soit donnée rendez vous pour déjeuner là, mais le couscous vraiment fin et l'ambiance paisible à l'ombre du grand figuier justifient l'attente.

Si vous passez par là, renoncer à l'appel de la tarte au citron qui ne ressemble en rien à ce qu'un français peu mettre dans l'expression "Tarte au Citron", même en étant pessimiste.
Et si vous avez envie d'une pâtisserie à la saveur familière, remontez plutôt jusqu'à L'Espanola.
En fin d'après midi, un thé américain accompagné de cake peuvent se montrer tout à fait réconfortant !

Après déjeuner - nous avons garder le meilleur pour la fin – visite du Dar-el-Makhzen dans la Kasbah, construit par les Omeyyades tout comme l'Alcazar de Séville, on y retrouve les même carreaux de terre cuite vernissée au sol, dans les mêmes teintes fines, noir, blanc, ocre-jaune, vert et bleu.
L'usure causée par mille pas fait apparaître ici et là l'ocre rouge de la terre cuite.



Petite perle d'une ville qui n'en contient guère, le Dar-el-Makhzen mérite qu'on lui fasse visite et la fraicheur odorante de son jardin andalous en fait une halte charmante entre papyrus et rosiers de Damas.

Tanger suite

Après avoir tenté plusieurs plusieurs jours durant, midi et soir, tous les plats du menu de la gargote en bas de la rue que nous avions élue pour cantine, des couscous aux tajines en passant les fritures, nous préférons désormais faire notre petit marché ; ce dont nos estomacs se montrent assez reconnaissants.
Vous pourriez donc nous voir rue el Qualili emplissant notre coffin d'olives gaies, de pains plats, tendant ici 1 Dh contre un précieux petit cornet de cumin et plus loin 5 piécettes en échange de pêches juteuses ou d'oranges grosses comme le poing d'A.



Ces menus emplettes doublent le plaisir de nos repas et les petits concombres croquants sont pour ainsi dire ma seule tentation consumériste dans une ville qui offre aussi peu de choses belles à acheter qu'à voir.
Les trois malheureuses échoppes du Petit Socco qui vendent une poignée de sacs sans originalité et de bijoux népalais ne pouvant guère porter le nom de souk que grâce aux inévitables rabatteurs, notre grand luxe se résume aux visites à la Librairie des Colonnes, temple de la littérature embaumant le cèdre et lieu de visite quasi incontournable de cette ville hautement littéraire.
Il me semble que Tanger s'offrira davantage à ceux qui arrivent le tête pleine de mots, en quête de jours meilleurs, ceux qui ont su partager une heureuse solitude avec Paul Bowles, Jean Genêt, Tenessee William, Burrought ou Truman Capote. Tanger est une ville pour notre ami Bertrand M.



Étant venue les mains vide, j'ai le plaisir de piller les rayonnages d'une librairie qui possède tout Bowles et confie volontiers l'adresse de sa dernière demeure, "au dessus de chez l'épicier Hassan", au visiteur qui le demanderait courtoisement.



Nous marchons donc jusque là-bas, ce qui est finalement assez loin quand on a déjà arpenté la ville depuis le matin.
Assez loin pour que j'ai eu tout loisir d'imaginer une villa, sinon luxueuse du moins coquette, donnant impérativement sur la mer et le palmier dans son jardin ; mais ce n'est plus le temps de la jeunesse ni du Cap Spartel et nous devons stopper sans vouloir y croire devant un pauvre immeuble gris de quatre étages.



J'aurais volontiers fait une petite image mais l'immeuble est vraiment dénué de tout charme et Paul Bowles n'est pas Robert Capa pour moi .
Je n'insiste pas.
Nous pourrions monter au 4eme, sonner, visiter cet appartement de la fin de sa vie que d'autres habitent aujourd'hui.
A quoi bon ?
Bowles est mort en 1999.
Les valises, les photographies en noir et blanc, le téléphone de bakélite, les fauteuils de maroquin roux ne sont plus là non plus.
Nous nous en retournons par un autre chemin pour éviter la sortie bruyante de l'école espagnole.

Tanger - Petites notes

Alors, soyons francs, passées les premières heures de joie à découvrir la ville dans la lumière dorée du soir, nous n'avons pas eu d'émerveillements.
Mais, à l'arrivée, il faut le dire, nous étions si soulagés d'avoir enfin quitté Paris que tout nous enchantait et remonter la corniche au bord d'une plage de sable fin avec la mer turquoise en guise d'horizon et la brise marine qui décoiffe gentiment était un moment délicieux.



Le soir, nous avons dîné de grosses assiettes de crevettes frites, d'olives multicolores, de pain plat et de thé à la menthe dans une gargote en bas de la rue.
Le charme continuait d'agir sur nos esprits épuisés.
Il faut reconnaitre cette qualité à Tanger, c'est que, n'étant pas une ville touristique, on y est point harcelé.
Naturellement nul ne se méprend sur notre statut, que nous ayons un sac à dos ou les mains vides, et chacun nous dévisage mais voilà presque tout ; un "hola" de ci de là, quelque enfant mendiant 1Dh et un vieux portant couffin qui propose du kif à mi-voix, peu de choses en somme.



Tanger est une de ces vieilles dames qui peuvent encore faire illusion parfois sous une belle et douce lumière du soir ; le jour se lève, révèle ce mirage - la beauté, la jeunesse enfuies - laissant le visiteur plus ou moins cruellement désillusionné mais le cÅ“ur encore empli de la tendresse donnée et dont, par fidélité, par une sorte de galanterie, il peine à se départir tout à fait.



Les jours se sont levés, il y a eu des ciels de perles grises qui mettent le vague à l'âme et des jours de pluie torrentielle, nous avons marché d'interminables heures sans retrouver le charme de la dame, nous n'avons rencontré que façades lézardées et rues poussiéreuses avec, ici et là, quelques traces d'un faste d'antan, trop ténues pour nous reconquérir.



Pourtant, je le sens, il nous sera difficile de dire plus tard que nous n'avons pas aimé Tanger car nous aurons longtemps le souvenir d'une lumière crue et douce à la fois sur ces façades blanches, d'une tiède brise marine ; accueil précieux fait à des voyageurs épuisés.



Pour le reste Tanger l'Africaine n'est pas une ville d'Orient et Une Femme Française prend finalement quelques vacances forcées.

Hôtel L'Ile Vert - Tanger



Sommes bien arrivés...


A. dans notre chambre.

Jour J

Il y a eu des voyages qui commençaient à Jour J-15 et dont vous pouviez suivre pas à pas les préparatifs.
J'ai évoqué les livres emportés, les médicaments, les films choisis.
Pas d'avant à ce deuxième voyage au Maroc qui, mis à part son annonce du mois dernier, semble tomber du ciel ou complètement improvisé.
Ce n'est ni l'un ni l'autre en vérité, simplement à cause de la préparation des expos de juin, il a été relégué au deuxième plan de nos préoccupations jusqu'à hier soir.
Hier soir tard, je veux dire.
Après que les derniers cartons d'invitation aient été mis sous enveloppes, après le départ de la newsletter, après les derniers mails, après...
Après, il était déjà bien tard et il restait juste le temps de jeter un peu de linge, une boite d'aquarelle, du thé et deux affaires de toilette dans le fond du sac.
Pas de livres dédiés, pas de films particulièrement adéquats.
Aucun de ces petits choix qui doublent le plaisir d'un voyage.
Car tout ce qui doit être fait doit être fait ou remis à mi-juin.
Le téléphone ne cesse de sonner et les mails d'arriver par surcroît.
C'est décidé, j'écrase mon smartphone entre deux cailloux sur le balcon ou je pars sans.
J'hésite encore...


© A.

Au matin, même frénésie, j'essaie de me concentrer sur l'essentiel finalement, on sac photo.
Ne rien oublier qui puisse s'avérer fatal à l'arrivée.
Quoique, pour être franche, ces derniers jours, j'ai beaucoup parler à A; de transformer ce séjour photographique en vacances en amoureux.
Tentant, non ?!
Et après tout, qu'est ce qui m'en empêcherait, je n'ai, Dieu merci, de comptes à rendre à personne.
Et alors là, pas de narration quotidienne sur le blog, pas de petits levers matinaux, juste de longues stations en terrasse face à la mer et d'interminables, de délectables siestes.
Le rêve.
Enfin, ça c'était avant le mail de Marrakech : Vous aimeriez exposer à Marrakech en septembre ?
C'est pas une belle motivation pour se remettre à la photo, ça ?!

Enfin

Grâce au soutien actif de A. les tirages des trois expositions de juin - Porto, Barcelone et Saint Jean de Luz - sont livrés à temps.
66 tirages, chiffre diabolique, non ? Je suis vidée et barbouillée comme par une indigestion de photographie.

Bon, je retourne au labo, quelques bricoles à terminer...
Vivement samedi, Tanger !

23h30 Fin d'une journée commencée ce matin vers 8h.

Pierre-Olivier Deschamps à Demi-Teinte

Jeudi, après une journée assez gaie à faire des de nouveaux cyanotypes avec Isabelle L.


© Isabelle L.

...malgré la fatigue, je m'arrache de mon obscurité et je tente de retrouver un peu forme humaine pour me rendre au vernissage de Pierre-Olivier Deschamps à Demi-Teinte.
A ceux qui s'étonneraient de cette distraction que je m'accorde en sortant voir les photos d'un autre au lieu de rester studieusement à tirer les miennes, je dois quelques explications.


© Pierre-Olivier Deschamps / Vu'

C'est assez simple : Jean-Pierre Haie est mon galeriste, c'est donc bien la moindre des choses que je lui fasse un petit signe d'amitié et le travail de Pierre-Olivier que j'ai pu apercevoir avant l'accrochage est d'une grande finesse, d'une belle intelligence, l'homme est charmant pour le peu que j'en connais, de surcroit j'ai eu le plaisir de lui présenter Jennifer Jean, mon attachée de presse avec qui il travaille maintenant, ce qui nous fait une petite chose en partage.
Voilà, me semble-il assez de bonnes raisons.


© Pierre-Olivier Deschamps / Vu'

Bien m'en a pris.
Outre de pouvoir apprécier tranquillement ces images inattendues du Japon et de pouvoir découvrir Ephéméris, la partie en couleurs de l'exposition, ma visite me vaut bien des plaisirs ; en premier lieu, et j'en suis assez émue, après des années sans nous voir, je retrouve la photographe Claudine Doury - c'est quelqu'un dont l'affection, les conseils et le talent ont été précieux lorsque je suis arrivée à Paris et l'avoir perdue de vue était un de mes grands regrets - dans un deuxième temps, je fais la connaissance de Darryl Evans.

Darryl Evans, tout comme Claudine Doury et Pierre-Olivier Deschamps est un des photographes de la fameuse Agence Vu, il est en grande partie connu pour son travail sur l'Afrique du Sud.
Le contact est simple, la conversation s'engage facilement - je sais que ce n'est pas le cas pour tout le monde mais pour moi la photographie est une et toutes ses formes sont susceptibles d'éveiller ma curiosité, j'ai donc naturellement toujours été intéressée par le travail des reporters - de fil en aiguille nous en arrivons donc assez vite à la conclusion que sa présence à l'Atelier de L'Oeil de l'Esprit serait certainement un apport très enrichissant pour nos élèves.

D'un autre côté, je connais mes loustics, ils sont plutôt axés sur la photographie artistique et la curiosité vers les autres formes de photographie leur fait légèrement défaut ; du coup, je propose d'ouvrir carrément dès la rentrée prochaine une section Reportage et Photographie de voyage en parallèle à notre enseignement habituel, (très centré sur la photographie comme art, sur l'écriture photographique comme expression de soi).

En projetant ça, je ne prends guère de risque, je suis en effet presque certaine que le travail, la notoriété et la personnalité de Darryl Evans draineront jusqu'à l'Atelier d'une part des aspirants reporters désireux d'acquérir des connaissances rapidement et en profondeur grâce à l'enseignement en cours particulier avec lui et d'autre part toute une frange de personnes qui voyagent (dont mes propres élèves !) et seraient bien heureux d'être un peu guidés dans cette voie faussement simple.

Un dessin d'ombres
Photographies de Pierre-Olivier Deschamps
Exposition du 6 mai au 30 juin 2011

Galerie Demi-Teinte
8, rue Mayran
75009 Paris
M° Cadet

Les photographies de Pierre-Olivier Deschamps sont reproduites ici avec l'aimable autorisation de l'artiste.

Du bleu dans l'art - Le stage

Hier dimanche 1er mai, tandis que certains manifestaient et que d'autres achetaient un brin de muguet, nous étions six courageux, levés matin, réunis à 10h au studio pour le stage de cyanotype organisé par L'Oeil de l'Esprit.
Adrian Claret et moi-même animions, comme on dit, cette journée bleue.
Ce stage était programmé de longue date et, les participants ayant eu tout loisir de s'y préparer, dimanche était la récompense impatiemment attendue de plusieurs semaines de prises de vues et de cours de Photoshop.

Sans me vanter, comme toujours à l'Atelier, l'ambiance était motivée et bonne enfant même si, pendant le café tandis que je résumais trois notions chimiques de base, chacun ici et là réprimait quelque bâillement matinal.

2 profs pour 4 élèves.
5 heures de cours.
Une heure de pause déjeuner.
Tel était le postulat.
Et à vrai dire, ce n'était pas de trop.

Je vous laisse apprécier un échantillon du résultat :



© Jean-François Vallet


© Jean-François Vallet

A mon avis, pour un prof, les stages ont ceci de différent des cours particuliers qu'il se retrouve tiraillé entre les différentes attentes de différentes personnalités ; à quoi s'ajoute naturellement la conception que le maitre de stage lui-même se fait d'un bon stage.
Pour ma part, la difficulté de la transmission m'apparait infiniment moindre que celle de se trouver ainsi tenu de pratiquer une forme d'équilibrisme.
Et encore, je ne me plains pas, en tant que responsable pédagogique de l'Atelier, je n'ai pas, de surcroît, à rendre compte à un éventuel supérieur, dont les attentes seraient encore différentes.
Je debriefe avec moi-même, voire avec A. ce qui est bien assez !


© Nohemy Adrian


© Nohemy Adrian

Les participants à un stage sont, et c'est encore bien heureux, tous plus ou moins différents mais, d'expérience, on retrouve toujours peu ou prou les même variétés représentées - demandez à vos proches qui enseignent - il y aura toujours ce qui veulent en apprendre le plus possible dans l'espoir d'être autonomes en repartant et ceux qui espèrent passer un bon moment, les rapides et ceux qui le sont moins, les intellectuels et les manuels, ceux qui veulent faire tout-seul et ceux qui préfèrent qu'on leur tienne la main etc.
Les profs eux se divisant globalement en deux parties assez communes ; ceux qui y vont à l'esbroufe, favorisant le côté convivial et ceux qui, un Å“il sur la montre, s'efforcent de se tenir au programme annoncé.
Les désirs et les personnalités de chacun étant parfaitement légitimes dans l'absolu, le stage idéal serait donc celui qui, tout en restant financièrement abordable pour l'élève et en permettant une correcte rétribution du maitre de stage, aurait une durée suffisante à la fois pour profiter d'un moment festif, recevoir une initiation à une technique inconnue et la transformer sur l'instant en petites œuvres gratifiantes.
Autant dire la quadrature du cercle !

Naturellement, je l'avoue humblement, nous n'y sommes pas parvenus...


© Gersende Mathieu

C'était un peu festif et un peu speed aussi, avec de jolis résultats le plus souvent, quoique parfois un peu décevants, assez gai et créatif.
Bref, c'était trop court.
Trop court pour faire la sieste après le déjeuner, donc pas de petit blanc frais à table (mais tout de même cake salé, poulet froid-salade de tomate, fromage de chêvre, gâteau au chocolat) trop court pour papoter, trop court pour faire les 12 (!) cyanos que j'avais prévu par personne, trop court pour les mettre au soleil plutôt que sous la lampe à UV.
On a rêvé d'un petit stage de 2 jours à la campagne...
A preuve qu'on était bien ensemble finalement, non ?


© Sandra Malecot

En guise de dessert, les poires d'Isabelle L. faites en cours début avril.