Malgré notre absence commune de motivation, en profs bien consciencieuses, Marie-Noëlle Leroy et moi-même parvenons à nous trainer-pousser ce matin jusqu'au Jeu de Paume pour l'exposition consacrée à Berenice Abbott.
Et dès l'entrée, nous nous félicitons d'être deux pour lutter contre l'ennui qui nous terrasse.

Afin que mon billet ne s'avère pas aussi soporifique que la visite, je vais faire court.
Pour ma part, je sauverai de ce tas de tirages grisâtres aux cadrages incertains, les quatre petits portraits de la collection H. Lunn ainsi que celui où de la Princesse Murat ressemble à un gros chat persan, face plate et regard légèrement méprisant ; encore qu'à mon avis la meilleure image de la salle, et c'est bien dommage, soit le portrait de... Berenice Abbott par Man Ray.


© Man Ray

Salle suivante, je baille d'ennui devant "Scène Américaine", dix ans pour en arriver là, j'ai presque de la peine pour elle.

La seule chose qui parvient à piquer notre intérêt est la petite phrase sur le mur signalant qu'elle partie en voiture accompagnée par Elisabeth X et que le couple a réalisé le projet ensemble ou un truc dans le genre.
Du coup, nous nous demandons s'il s'agit là d'une information subliminale et s'il nous faut comprendre qu'elle est "en couple" avec la-dite Élisabeth - une de ces phrases à la Tennessee Williams, comme mon jeune époux écrivait des poèmes, où le lecteur est censé entendre "mon mari était homosexuel" (1).
Nous sommes hésitantes car d'un côté, une autre phrase de la première salle soulignait une tendance à réaliser des portraits à la sexualité ambigüe, d'un autre, la traduction anglaise est simplement que "les deux femmes" avaient réalisées la série - y aurait-il des choses que les visiteurs étrangers ne doivent pas savoir ?.
Nous restons gaiement dubitative faute de nous intéresser vraiment aux images.
Je peine à oublier les autres photographes américains qui travaillaient aussi dans ces années là, les cadrages de Kertesz, la puissance de Dorothea Lange vers 1935 justement...

Ensuite, des tentatives constructivistes, en moins bien.
Marie-Noëlle craque sur une image avec des souris, c'est dire que nous sommes désespérées.
Enfin, Changing New York, nous nous arrêtons sur la photo Flatiron juste le temps de convenir que d'autres ont fait mieux avant et voilà, ouf c'est fini, nous filons au soleil.

Indépendamment de mes goûts, qui après tout ne sont que mes goûts, j'ai regretté que, contrairement à l'exposition Diane Arbus, aucun effort n'ait été fait pour tenter de rapprocher le public, pas forcément acquis, de la photographe.
A défaut d'accéder au travail par les images, peut-être aurais-je pu y parvenir au travers de la femme ?
Mais ce ne sont certainement pas les trois bricoles sèches dans les vitrines qui m'en auront offert l'opportunité.

Naturellement ceci n'est que mon avis et je ne veux décourager personne !

La seule photo qui m'ait un peu émue, dans un endroit visiblement pauvre, du linge pendu comme des guirlandes de fête.


© Berenice Abbott - Cour de logement sociaux - 1936

(1) Un tramway nommé Désir -Tennessee Williams