Joël-Peter Witkin à la BNF

Le principe du cours particulier, comme bien des choses en ce bas monde, a ses avantages et ses inconvénients.
L'avantage certain c'est de recevoir un enseignement adapté à sa personnalité et à son rythme parce qu'on est seul avec son prof, l'inconvénient c'est aussi parfois d'être seul avec son prof ; ce qui est un peu différent en terme d'échanges que d'être avec une bande d'autres élèves, on en conviendra.
Pour palier autant que faire se peut à cet envers de la médaille, je m'efforce d'organiser ici et là - en fonction des opportunités, de la disponibilité de chacun et de ma propre énergie - quelques prétextes à rencontres, à partages et à convivialité.

Certains se diront peut-être que j'ai un drôle de sens du festif, ma dernière invitation du genre : se retrouver dimanche midi à la BNF pour une visite accompagnée de l'exposition Joël-Peter Witkin suivie d'un déjeuner dans une cantine de la rue Sainte-Anne assez proche.
Il me faut l'avouer honnêtement, j'ai eu moins de succès que pour un pique-nique avec grillades, moins de succès que pour l'expo Kertesz et j'ai vite cessé de compter ceux qui étaient traumatisés ou dégoûtés par avance.
A preuve qu'aimer quelque chose ne suffit pas toujours pour le partager.
Hier midi donc, malgré le jour du Seigneur, la bise glaciale et le sujet peu ragoûtant, quelques irréductibles de l'Atelier battaient la semelle rue Vivienne en attendant l'ouverture de la BNF.

J'ai découvert le travail de Joël-Peter Witkin à la fin des années 80 grâce à ma première élève qui s'appelait alors Catherine Strobel et qui depuis est devenue la plus chère de mes amies.
De passage à Madrid, elle-même avait pris l'exposition au Musée Reina Sofia de plein fouet et de retour, certainement partagée entre fascination et répulsion, elle m'avait ramené assez de documentation pour m'initier, si j'ose dire à mon tour.
Je me souviens du choc comme si c'était hier et je n'ai jamais perdu ce petit dépliant malgré les années.
Nous étions jeunes alors et certainement encore assez innocentes en photographie, ces images sont entrées en moi avec toute leur effroyable beauté e n'en sont jamais ressorties.
Par la suite, j'ai dû bien souvent m'en justifier.

Hier encore, je tente d'expliquer, sans passer pour un monstre, mon admiration pour ce travail et accessoirement combien la richesse de sa forme au service d'un fond à la fois si difficile et si complexe me parait illustrer très à propos l'enseignement que je m'efforce de transmettre concernant le pouvoir du tirage en photographie.

De l'exposition même, je dirais qu'elle réunissait la plupart des œuvres majeures que j'espérais y voir - à part Man whith dog ( Mexico 1990) que j'aime particulièrement - et largement assez dans son ensemble pour satisfaire le visiteur le plus avide.
Devant la quantité de photographies proposées, j'avoue avoir pour ma part assez vite renoncé à regarder les autres œuvres -gravures, encres etc - exposées même si l'accrochage était certainement conçu pour témoigner d'un écho entre elles.

Je ne pense pas que tous mes élèves aient été conquis mais je crois pouvoir affirmer que chacun a pu prendre la mesure d'une personnalité et d'une œuvre peu communes et en ce sens, nous sommes tous sortis enrichis de cette visite.

Le déjeuner a apporté ensuite un peu de légèreté bienvenue.

J'invite le lecteur curieux de lire un autre point de vue à cliquer ici.

Exposition du 27 mars au 1er juillet 2012
BNF -Site Richelieu
mardi - samedi de 10h à 19h
dimanche de 12h à 19h
sauf lundi et jours fériés

Allez, courage !

Malgré notre absence commune de motivation, en profs bien consciencieuses, Marie-Noëlle Leroy et moi-même parvenons à nous trainer-pousser ce matin jusqu'au Jeu de Paume pour l'exposition consacrée à Berenice Abbott.
Et dès l'entrée, nous nous félicitons d'être deux pour lutter contre l'ennui qui nous terrasse.

Afin que mon billet ne s'avère pas aussi soporifique que la visite, je vais faire court.
Pour ma part, je sauverai de ce tas de tirages grisâtres aux cadrages incertains, les quatre petits portraits de la collection H. Lunn ainsi que celui où de la Princesse Murat ressemble à un gros chat persan, face plate et regard légèrement méprisant ; encore qu'à mon avis la meilleure image de la salle, et c'est bien dommage, soit le portrait de... Berenice Abbott par Man Ray.


© Man Ray

Salle suivante, je baille d'ennui devant "Scène Américaine", dix ans pour en arriver là, j'ai presque de la peine pour elle.

La seule chose qui parvient à piquer notre intérêt est la petite phrase sur le mur signalant qu'elle partie en voiture accompagnée par Elisabeth X et que le couple a réalisé le projet ensemble ou un truc dans le genre.
Du coup, nous nous demandons s'il s'agit là d'une information subliminale et s'il nous faut comprendre qu'elle est "en couple" avec la-dite Élisabeth - une de ces phrases à la Tennessee Williams, comme mon jeune époux écrivait des poèmes, où le lecteur est censé entendre "mon mari était homosexuel" (1).
Nous sommes hésitantes car d'un côté, une autre phrase de la première salle soulignait une tendance à réaliser des portraits à la sexualité ambigüe, d'un autre, la traduction anglaise est simplement que "les deux femmes" avaient réalisées la série - y aurait-il des choses que les visiteurs étrangers ne doivent pas savoir ?.
Nous restons gaiement dubitative faute de nous intéresser vraiment aux images.
Je peine à oublier les autres photographes américains qui travaillaient aussi dans ces années là, les cadrages de Kertesz, la puissance de Dorothea Lange vers 1935 justement...

Ensuite, des tentatives constructivistes, en moins bien.
Marie-Noëlle craque sur une image avec des souris, c'est dire que nous sommes désespérées.
Enfin, Changing New York, nous nous arrêtons sur la photo Flatiron juste le temps de convenir que d'autres ont fait mieux avant et voilà, ouf c'est fini, nous filons au soleil.

Indépendamment de mes goûts, qui après tout ne sont que mes goûts, j'ai regretté que, contrairement à l'exposition Diane Arbus, aucun effort n'ait été fait pour tenter de rapprocher le public, pas forcément acquis, de la photographe.
A défaut d'accéder au travail par les images, peut-être aurais-je pu y parvenir au travers de la femme ?
Mais ce ne sont certainement pas les trois bricoles sèches dans les vitrines qui m'en auront offert l'opportunité.

Naturellement ceci n'est que mon avis et je ne veux décourager personne !

La seule photo qui m'ait un peu émue, dans un endroit visiblement pauvre, du linge pendu comme des guirlandes de fête.


© Berenice Abbott - Cour de logement sociaux - 1936

(1) Un tramway nommé Désir -Tennessee Williams

Ton sépia

Donc, l'autre jour, chose absolument exceptionnelle, je tire pour quelqu'un d'autre - des tirages de tête pour un livre - du coup, chose non moins exceptionnelle pour moi, je vais faire un saut chez Artista.
Entendons nous, ce n'est pas que je n'aime pas Artista, ils sont d'ailleurs partenaires de l'Atelier de L'Oeil de l'Esprit, c'est qu'ils sont à l'autre bout de Paris, vu de ma fenêtre.
Je vais m'y approvisionner en Bergger CB Style.
Et alors tant qu'à y être, je farfouille dans les rayons, je regarde tout et je tombe sur le révélateur Moersch étiqueté Bergger-Sépia ; comme je ne le connais pas, je craque et je repars avec.

38 euros le litre, A. qui fait le chèque, manque s'évanouir.
Dilution recommandée pour le "ton sépia" 1+5.
A ce stade là, vous aussi peut-être.
Disons que dans ces conditions, vous ne savez plus si vous préfèreriez que ce révélateur, sans lequel vous viviez parfaitement jusqu'ici, s'avère génial ou au contraire pas du tout.

Le temps passe, je pars à Naples, je rentre de Naples, je tombe malade et enfin voici le temps venu de faire mes quelques essais tranquillement, de petites photos - souvenirs d'Italie feront très bien l'affaire.

Et alors, pour faire court, c'est une jolie déception.
A 1+9, temps 3 mn, 20° le soi-disant ton brun chaud, à ce prix là bof bof, ni plus ni moins que le Variospeed habituel et moins que le Warmtone d'Ilford.
A 1+5, temps 2 mn, 20° le fameux ton sépia, ni plus ni moins que précédemment et on voudra bien m'accorder que j'ai l'œil assez vif.

En conclusion et ce n'est que mon avis, voilà un révélateur qui même sur un papier Bergger préconisé ne vaut pas du tout son prix et n'a pas grand intérêt.

Tina Modotti - Après la BD, la bio*

Donc - *voir les épisodes précédents - je mets à profit mon célibat forcé pour terminer en deux jours la biographie de Tina Modotti par Pino Cacucci.
Parue en 1993 chez Belfond, je n'ai eu aucun mal à me la procurer d'occasion à un prix raisonnable.



Disons pour commencer qu'après la lecture de ces deux ouvrages, s'il me reste encore quelques zones d'incompréhension quant au caractère et aux motivations de la dame, mes connaissances des luttes internes au sein du PCM (traduire Parti Communiste Mexicain), elles, ont fait un sacré bond en avant.

Pour ma part, j'ai préféré, sinon la lecture, du moins le contenu de la biographie, moins exalté, moins romantique mais qui inscrit en grandes lignes, parfois particulièrement éclairantes, la vie de Tina Modoti dans le contexte d'un stalinisme dont apparemment elle ne peut être dissociée.
Qu'au total l'ensemble ne soit ni particulièrement attachant ni réjouissant, j'en conviens volontiers. C'est une lecture qui peut laisser un goût un peu amer dans la bouche et qui ôte toute l'idée de glamour qui pourrait être vaguement associée à la photographe des Roses - Mexico, muse nue et solaire d'Edward Weston.


Roses - Mexico © Tina Modotti

Pour autant et malgré le plaisir que j'ai pris à la lecture de la belle BD d'Angel de la Calle, j'ai préféré cette biographie parce que j'y ai plus appris.

Deux petits bémols malgré tout, le livre est vraiment assez moche, autant l'impression des photographies que le papier et il n'y a aucune bibliographie, l'auteur ne citant pas non plus ses sources en fin d'ouvrage.

Il existe apparemment au moins une autre BD L'impertinence d'un été de Pellejero et Denis Lapière ainsi qu'une poignée de biographies dont Tina Modotti : Between Art and Révolution, Yale Univerty Press, Londres 2003 de Letizia Argenteri, la dernière parue mais dont je n'ai pas trouvé de traduction en français.
Attention toutefois, les deux couvertures sont à peu près identiques.

La phrase du jour

" La photo qu'un autre pourrait faire, qui ne tient pas au rapport particulier que j'ai avec tel ou tel, je ne veux pas la faire."

Hervé Guibert in Le mausolée des amants p. 27

J'essaierai de trouver bientôt un moment pour dire ce que j'ai pensé de l'exposition que lui consacre la MEP en ce moment et que nous avons visitée cet après-midi avec Marie.

Impossible Project

Ceux qui me connaissent savent que j'ai résisté au piège à gogo nommé Impossible Project presque autant que la chèvre de Monsieur Seguin, partant j'en connais deux-trois qui vont bien ricaner en lisant ce billet.
J'ai pas mal hésité sur la rubrique où le ranger car si mon plaisir à jouer fut grand, mon irritation ne l'est pas moins.
Comme j'ai déjà beaucoup écrit sur mon blog et sur d'autres tout le mal que je pense de la qualité du produit et toute la stupéfaction que j'éprouve devant cet incroyable phénomène qui consiste à parvenir à vendre à prix d'or un produit défectueux de notoriété publique, je ne vais pas m'éterniser là dessus.

Le gros avantage d'être à la fois au sein d'un collectif et au cœur d'un atelier qui brasse l'énergie, la créativité, les connaissances et l'enthousiasme à la fois des profs et des élèves, c'est que l'émulation n'y manque pas.
Il serait naïf de croire qu'enseigner se résume à donner sans rien recevoir et, pour ma part, je garanti bien que je reçois assez pour que ma paye à la fin du mois soit la moindre de mes motivations.
Jeudi, dans ma boite aux lettres, un petit mot accompagné d'une belle photographie de Fabien en hommage à Kertèsz suffit à me mettre en joie pour la journée ; qu'il en soit ici chaleureusement remercié.


Samedi, Delphine qui arrive de Casa pour prendre son cours...avec la jambe dans le plâtre...on voit un peu l'énergie et l'envie qu'il lui faut avec Paris sous la pluie.
Un dimanche de janvier tandis qu'une la galette des Rois tardive servait de prétexte à faire couler le champagne à la maison, Jean-François m'offre un transfert de pola, petite chose réellement gracieuse et exquise qui me redonne envie de transférer à mon tour.
Ceux qui suivent voient qu'on tient là le coupable idéal à qui imputer mes dépenses inconsidérées de ces deux derniers jours et le fait que je joue tranquille chez moi au lieu de travailler sérieusement.



La tendance étant furieusement à la nature morte de fruits et en particulier à la poire depuis l'arrivée de Marie parmi nous, nul ne s'étonnera que je jette mon argent par les fenêtres à photographier des poires, des pommes et des scoubidoubidous avec mon SX-70 pour les transférer sur un papier japonais qui lui-même me coûte un œil, pour ne pas dépareiller.



Un petit thé marocain pour remercier Delphine de sa visite.

Le fruit (si j'ose dire) de mon expérience à l'intention des futurs imbéciles heureux qui seraient tentés par l'aventure :
Pour la couleur - PX 100 - Contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, pour moi une exposition normale donnait de meilleurs résultats que la surexposition préconisée. La gamme de couleurs se réduisant essentiellement, comme on peut le lire partout, à un monochrome rose plus ou moins vif et plus ou moins mâtiné d'une autre teinte, rose-bleuté, rose-orangé etc
Sympa mais peut-être un peu restreint à la longue.

Pour le N&B - PX 600 - Sur 16 photos (soit 2 boites, soit 40 euros), environ 2 trop claires, le temps de me caler (parce que la bonne densité pour avoir de la matière dans les hautes lumières est plutôt 1/2 diaph sous-ex avec mon SX-70), 3 avec une bande latérale à droite d'1/3 plus foncée, 2 avec la même bande à gauche, 2 avec 3 bandes d'1/3, foncé, clair, foncé et 3 avec les fameux petits défauts en étoile sur le haut et les latéraux.
Donc, même en ne comptant pas les 2 deux photos du début trop claires, 10 images avec un défaut technique du produit sur 16 achetées.
Chacun fait bien sûr comme il l'entend, mais à ce prix là, il me semble bon d'être légèrement informé.
Naturellement c'est juste mon avis.

Il faut le voir pour le croire

Alors, ce matin, Zahia, qui justement m'arrive de la bonne ville de H.
Zahia prend des cours de photographies argentique à l'université de H. et son fils lui offre des cours avec moi pour l'encourager.
On n'imagine pas élève plus motivée ni de meilleure volonté.
Voilà qu'elle me montre quelques tirages 18x24 qu'elle a fait toute seule en suivant les directives drastiques de son prof de l'an dernier, au dos sont inscrits les temps de pose, le diaf, le filtre.
Je lis : temps de pose 1 s, temps de pose 2 s.
Pensant avoir mal interprété, ce qui peut être un code personnel, je me fais confirmer ce que je crois voir écrit, 1 seconde me confirme-t-elle, c'est le prof qui veut qu'on reste à D 5,6 F 3 .
Qu'on veuille bien imaginer la difficulté de maquiller avec des temps d'exposition aussi fugaces, qu'il s'agisse d'enlever ou de rajouter.

Sans cracher sur les confrères, il me semble qu'il y a un peu de foutage de gueule, qu'on me passe l'expression, à prétendre enseigner la photographie argentique sur ce genre de bases.
Et je me demande encore comment Zahia n'a pas renoncé, complètement découragée, en cours de route...

En septembre dernier, j'accueille une élève qui cherche un nouveau prof après deux ans passés dans un cours des Beaux-Arts dont je tairai le nom.
Peut - on croire que durant cette période son ancien prof ne lui avait jamais montré les filtres qui sont indissociables de l'utilisation d'un papier multigrade ?
Qu'on se figure sa surprise et sa joie lorsque je lui explique qu'il est possible d'influer sur le contraste d'un tirage !

Il vaut mieux en rire qu'en pleurer...
Mais si, comme le prétend la majorité, la photographie argentique est moribonde, ce n'est certainement pas en l'enseignant avec aussi peu de scrupules qu'on va encourager les nouvelles vocations.

Moi, ce que j'en dis...


Dimanche à la BNF avec A.

Ce dimanche à midi, rendez-vous avec les plus courageux élèves de l'Atelier Photographique de L'Oeil de l'Esprit, volontaires pour une visite de l'exposition organisée par le BNF ''Primitifs de la photographie. Le calotype en France (1843-1860)'" °.
Après la rétrospective Kertèsz au Jeu de Paume, c'est la deuxième visite guidée d'une exposition que nous organisons.
Cette fois-ci c'est Marie-Noëlle Leroy qui en est à l'initiative, grande connaisseuse de techniques anciennes, elle dispense son savoir avec la même générosité enthousiaste que d'habitude.
Pour une fois dispensée de responsabilités, je profite à fond du plaisir d'entendre les mille anecdotes dont elle saupoudre chaque image et il me semble bien que je ne suis pas la seule.



Pour ceux que mon avis sur cette exposition pourrait intéresser, le voici :
J'ai eu grand plaisir à partager avec mes élèves ces images des débuts de la photographie et j'ai trouvé la scénographie, comme souvent dans ces salles, fort réussie ; à mon sens, le rouge profond choisi pour les murs mettait très agréablement en valeur ces Å“uvres souvent brunies par le temps.
En tant que prof, voir cet ensemble de calotypes m'a semblé fort enrichissant sur le plan de l'histoire de la photographie.
En tant que photographe par contre, je dois l'avouer, peu d'images m'ont réellement touchée au delà de leurs caractéristiques techniques.
Je retiendrai toutefois le visuel choisi pour l'affiche et plus généralement les photos d'Adalbert Cuvelier, le merveilleux portrait d'Henri le Secq sur les tours de Notre-Dame par Charles Nègre (1863) - voir reproduction ci dessus -, un panoramique de Tripoli de Louis De Clercq, quelques paysages exotiques avec palmiers familiers et, pour des raisons sentimentales, j'ai été heureuse de trouver la poignée de Gustave Le Gray et les quelques Maxime Du Camp, même si ce ne sont pas mes préférés.
Amusée aussi d'apprendre que ce dernier avait été élève du premier.
En résumé, je dirais que ce n'est pas vraiment une exposition destinée au grand public mais plutôt à des visiteurs déjà éclairés et/ou s'intéressant particulièrement à la photographie.

Fin d'une visite qui somme toute a suscité beaucoup d'enthousiasme auprès de notre petite bande ; nous nous séparons dans un rayon de soleil, certains s'en vont vaquer à d'autres occupations dominicales moins photographiques mais certainement tout aussi légitimes, un petit noyau dont je fais partie décide joyeusement d'aller déjeuner dans une cantine japonaise rue Sainte-Anne.
Une bien agréable façon de prolonger notre petit rendez-vous.

° BNF Richelieu jusqu'au 16 janvier 2011

Contes d'hiver

Ces jours-ci, le matin, je m'en vais travailer à petits pas hésitants.

Comme beaucoup je ne raffole pas de la neige sur Paris, patauger dans boue me lasse assez vite ; on n'est plus équipé, plus de troïkas, plus de luge pour les éclats de rire, les couvertures en peau de loup se font rares et le temps passé devant le samovar à parler de littérature entres amis chers semble s'être enfuit au siècle dernier.

J'aimais bien les hivers à Budapest.


La revanche au printemps prochain, Sacha.

Appel à participation - Journée de la Jupe

Une fois n'est pas coutume, quatre lignes consacrées à autre chose qu'à la photographie.
Jeudi 25 novembre aura lieu la Journée de la Jupe, et personnellement malgré la température polaire qu'on nous annonce, je jouerai à ce jeu là ; une manière comme une autre de participer à ce que notre féminité ne finisse pas ensevelie sous de sombres voiles.
Je trouve cette initiative de Ni Putes ni Soumises tout à fait inventive, insolente et pertinente, en tant que femme, je me sens concernée, que je ne vive pas dans les quartiers ne change rien, il me semble que l'air du temps que l'on respire est le même pour toutes.
Une manière de revendiquer et protéger les acquis de 68 pour lesquelles nos mères, la mienne en tous cas, se sont battus et qu'elles nous ont légués, liberté à jouir de notre corps, liberté sexuelle, droit à la pilule et droit à l'avortement, un semblant d'égalité homme - femme... et monokini sur les plages...toutes choses apparemment superflues et frivoles auxquelles j'ai la faiblesse de tenir énormément et je crains que la tendance actuelle soit légèrement-insidieusement réactionnaire sur certaines d'entre elles.
Partout, de tout temps, il semble y avoir eu des hommes pour nous dicter ce que nous devons-pouvons faire.
Restons vigilantes...

Paris-Photo 2010

Longue visite à Paris-Photo cet après-midi avec A.
Même en faisant l'impasse sur les grands tirages couleurs tellement vus et revus qu'ils donnent la nausée et en survolant les grand classiques présents chaque année, je suis épuisée-gavée à mi-parcours ; n'était le prix plutôt exorbitant et le manque total de disponibilité, nous aurions bien regardé le tout en deux fois.

Comme à peu près chaque fois, nous commençons par la droite, Camera Obscura oblige.
Et comme souvent, le plaisir de retrouver les petits Masao Yamamoto supplante la lassitude devant les sempiternels Michael Keena.
A l'extérieur, quelques tirages Fresson de Bernard Plossu, dont un coin de canapé rouge et violet que j'aime tout particulièrement.
A Vu, ma préférence absolue va vers le magnifique vintage de Michael Ackerman° représentant une petite fille aux yeux comme révulsés ; mais je suis assez intéressée aussi par les tirages de José Ramon Bas que je n'avais vu "en vrai", comme on dit, depuis longtemps.
A La Lumière des Roses (me semble-t-il), un polyptyque d'Harry Callahan fait de quatre minuscules photographies carrées dont une représente une poubelle de bureau en métal et une autre une brindille, le reste m'échappe, mais l'ensemble d'une grande délicatesse malgré un cadre assez mal réussi à mon avis.
A la Howard Greenberg Gallery, quelques tirages de toute beauté comme d'habitude dont Le milicien fauché par une balle de Robert Capa.
Un joli petit vintage de l'Atelier de Mondrian de Kertesz.
Ici et là, un Sudek délicieux.

Mais, sans hésitation aucune, notre coup de cœur commun de cette édition 2010 aura été Naufrage le grand autoportrait d'Alberto Garcia Alix à la Galerie Juana de Aizpuru
Eussions nous eu 13000 euros disponibles, nous n'aurions pas hésité une seconde...
Du coup, tout ce que nous avons vu ensuite nous paraissant moins bien, nous sommes partis, sans avoir vraiment tout vu mais sans culpabiliser le moins du monde, boire une tasse de chocolat chaud chez Angelina.

° Jusqu'au 11 décembre à la Galerie Vu - 58, rue Saint Lazare - 75009 Paris

Sous le sapin

Entre chiffons de soie et boa de fourrure qui réjouissent mon cœur de femme frivole, le Père Noël, cette année, laisse à mon intention Black Passport de Stanley Greene, livre, à mon sens, magnifique dans sa forme et passionnant quant au fond..


Editions Textuel Nov. 2009

C'est à Nathalie Lopparelli que je dois d'avoir découvert les images de ce photographe de guerre atypique ; j'avais tout de suite été empoignée au cÅ“ur par son travail âpre et sans concessions, ses noirs de deuil.
Depuis, je continue de suivre son actualité avec grand intérêt.
La sortie du Photopoche qui lui est consacrée m'avait réjouie pour lui comme une marque de reconnaissance supplémentaire mais je ne l'avais pas acheté parce que la qualité des reproductions et le trop petit format de l'édition ne me rendait guère l'émotion que j'avais pu avoir devant certains tirages.
Avec Black Passport, c'est autre chose...
Attention, ce serait mentir de dire que ce livre éclairera vos longues soirées d'hiver...ou armez vous de marrons glacés consolateurs.

Ceux qui aiment Eugene Smith retrouveront chez son ancien assistant devenu un de ses fils spirituels, ses noirs, qui ne sont pas les noirs de lumière de Matisse, loin s'en faut, mais des noirs de souffrance.

Exposition Michael Kenna à la BNF

Rendez-vous improvisé avec Vinca et Hakan Bazack à la BNF pour l'exposition Michael Kenna.
Les amis de nos amis...nous retrouvons là le jeune photographe Pascal Montary avant son départ au Japon.
J'ai toujours apprécié la salle d'exposition de la BNF (je parle du site Richelieu), bien que la salle gris-bleu de l'entrée, avec ses lumières différentes, me semble un piège, en terme d'accrochage.
Je connais le travail de Michael Kenna depuis dix ou quinze ans ; je pense que j'ai dû voir les premiers tirages à Demi-Teinte, à moins que ce ne soit à Camera Obscura, mais c'est ma première exposition et je ne possède aucun de ses nombreux livres, bien que j'ai toujours trouvées belles les images que j'ai vues de loin en loin.
Ah, non, je me trompe, j'ai un de ses livres ''L'impossible oubli'', sur les camps d'extermination en Allemagne. Un livre acheté alors que je travaillais moi-même sur le camp de concentration de Rivesaltes.
Mais c'est un travail que je déteste tellement que, tout à l'heure, je l'ai occulté et que je préfère ne pas en parler ici.
Ce n'est pas le propos.
D'ailleurs, à mon avis, il aurait été intéressant de mettre quelques unes de ces photos des camps au milieu des paysages exposés à la BNF, on aurait pu constater que c'était exactement le même parti pris esthétique, la même écriture photographique, la même manière d'envisager la beauté du monde...ce qui a de quoi mettre, pour le moins, mal à l'aise, à mon avis...
Et là, je voudrais revenir à l'exposition, mais finalement, c'est comme si j'avais tout dit.

J'ai beaucoup encouragé mes élèves, ces dernières semaines, à aller y faire un saut, ne serait ce que pour voir de très beaux tirages, et, dès l'entrée, je me réjouis ; les tirages sont effectivement splendides, superbes, en quelque sorte irréprochables, ou parfaits, comme on préfèrera, avec une sorte de délicat petit virage sépia (?) qui m'apparait charmant sur le coup.
100 photos plus loin, l'apparente perfection me semble légèrement suspecte et la petite teinte sépia, sirupeuse jusqu'à la nausée.
A la fin de l'exposition, j'éprouve une pénible overdose de cette perfection répétitive et, même si je suis contente pour lui qu'il sache faire une photo esthétique de tout ce qu'il voit, je me demande si, pour ma part, c'est ça que j'attends de la photographie et, un peu aussi, comment on peut poser exactement le même regard 30 ans durant sur toutes les parties du monde de Shangaï au Mont Saint Michel, en passant par l'île de Pâques.
Un monde à peu près réduit aux mêmes ciels et aux mêmes lumières.
De manière moins évidente à percevoir, Michael Kenna serait-il une sorte de Bernard Buffet de la photographie, appliquant juste une ficelle ?

Magnifique, pour sa part, j'en conviens volontiers.