Un jour prochain, Tanger

A. réserve nos chambres d'hôtel pour Tanger et Fès, nous donnant ainsi l'illusion que le temps du départ approche...
Nul doute que L'île verte viendra encore enrichir la longue liste des délicieux taudis dont nous sommes coutumiers.



Marrakech, l'an dernier.
Polaroïd original visible à la galerie Demi-Teinte / Paris

Bon voyage !

Une pensée particulière pour Delphine A. qui s'envole avec son petit sac de films pour Casablanca où elle va vivre plusieurs mois.
En ces jours encore saupoudrés de fécule de pomme de terre, impossible de ne pas évoquer ici Gabriel Veyre, photographe et cinéaste attitré du Sultan du Maroc, Moulay Abd el Azi, ses magnifiques autochromes du Maroc, sa mort à Casablanca en 1935.


© Gabriel Veyre Casablanca 1908 Autochrome 13/18

Ceux qui désirent en savoir plus pourront se tourner vers le très beau livre de Philippe Jacquier, Marion Pranal et Farid Abdelouahab chez Kubik éditions.



Ce talentueux ainé puisse-t-il l'accompagner durant son séjour et être un compagnon aussi enrichissant pour elle que le fût Gustave Le Gray durant mon premier voyage en Égypte.

Quelle part de réalité ?

Les photographes se répartissent en fonction de leur rapport à la réalité : quelle part de réalité admettent-ils dans l'image, jusqu'où tolèrent-ils son désordre sans le transformer ?
Rosalind Krauss

Tandis que je voyage, pour ''Une Femme Française en Orient'', en quête de ce qu'on pourrait appeler une "idée" de l'Orient, voilà une petite phrase qui me parle singulièrement ce matin.

Repos forcé

Ce week-end, malgré mon impatience de commencer à tirer les photos du Maroc dont je viens d'avoir les films, je suis en repos forcé, consignée à la maison tandis que se déroule au studio le deuxième stage-lumière organisé par L'oeil de l'Esprit et qu'officie Arnaud Joly, maitre des lumières pour l'occasion.
Tant pis, j'attends que tout ce beau monde soit parti pour venir passer au labo ma soirée de samedi.
A. qui est formidable comme chacun sait, ne rechigne même pas à sacrifier la sienne pour m'accompagner tant il est soulagé que je sois contente des résultats de notre expédition marocaine.
Disons, 18 photos correctes sur 30 films et 8 où j'ai la chance de m'étonner un peu moi-même...
Si on compte la poignée de polas...ce n'est pas déshonorant...il me semble...
En tous les cas, je n'espérais pas mieux.
Pour voir la suite du billet, cliquez ici.
Dimanche, stage toujours et cours de chambre ; le studio est pris toute la journée.
De toutes manières, je suis de corvée "comptabilité", j'ai rendez-vous ce soir avec mon comptable et comme la date butoir est le 31 pour rendre le bilan 2009 au cabinet de gestion agrée, je ne peux guère faire la gamine capricieuse.

Accessoirement, je suis défaite par le changement d'horaire

Retour à Paris et Grande Lessive

Première chose, je passe à Demi Teinte porter les films à développer avant d'aller au studio.
Du coup, j'ai la chance de voir notre petite installation de la Grande Lessive.



C'est assez émouvant, nos images qui s'agitent dans le vent.
Je décroche en découvrant quelques nouvelles photos.
Je mentirais en disant que notre linge n'a pas souffert des intempéries et, à voir l'eau entrée dans les pochettes plastiques et les éclaboussures de terre collées, je peux avoir une petite idée du temps qu'il faisait hier sur Paris...c'était pas le même que Marrakech visiblement. 28° à 16h quand nous allons à l'aéroport.
Je récupère les tirages et avec le mal que nous nous sommes donné pour les réaliser, ça fait peine de voir dans quel état ils sont...ça faisait parti du jeu aussi...
Grâce à Pascal et Sandra qui ont fait à la fois l'accrochage et quelques clichés-souvenirs, je peux partager avec vous cette première installation éphémère du Collectif L'Oeil de l'Esprit et de son atelier photographique.
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© Pascal Montary

J'espère que cela aura réjouit nos voisins et quelques passants du Boulevard Bessières


© Sandra Malecot

Rendez-vous à tous en octobre pour la prochaine édition.

P.S. En regardant la Grande Lessive organisée à Carcassonne grâce à la belle énergie d'Eric Sinotara du Graph que je salue très amicalement au passage, 2400 exposants, je me dis qu'il va encore falloir se bouger un peu pour la prochaine cession !
Découvrez les images.

dernier muezzin avant la pluie

Merveilleuse grasse matinée jusqu'à 8 heures et sitôt le Nes avalé, encore ensommeillés et le ventre vide, en ce dernier jour, nous voilà courageusement lancés à l'assaut des souks pour les dernières bricoles.
Nous ne sommes pas les seuls à être en forme et les vendeurs semblent avoir mangé du lion ce matin.
L'heure de l'avion est arrivée...

A suivre

Merci à tous pour votre participation !!!
A demain

Les joies du voyage

Quittons Essaouira pour Marrakech en bus tout à l'heure à 11h30 si nous avons de la chance et que 2 places se libèrent sinon à 15h30 ce qui nous ferait arriver trop tard pour re-photographier une place que j'ai trouvé et qui n'est bien éclairé qu'en fin d'après midi.
Après le petit moment de doute de dimanche, me suis remise au travail dès lundi en repassant la matinée sur le port.
Sommes ici depuis six jours et nous ne découvrons plus grand-chose de neuf, il faut bien l'avouer.
Dans l'absolu, je me pose beaucoup de questions sur la pertinence de mes choix, et ma manière d'aborder la ville.
Ne pas confondre l'Orient avec le voyage et peut-être aussi que d'une certaine manière, au fur et à mesure des voyages, il devient plus difficile de ne pas se répéter.
Aussi, j'attends avec beaucoup d'intérêt les planches contacts.
Jean Pierre-Haie, toujours présent quand je rentre, m'a promis les films pour le lendemain de mon retour, ce qui est formidable et me permet de commencer à tirer dès le week-end.
La vraie jolie chose de ces derniers jours est notre rencontre avec Jean-Paul et Jean hier.
De ces rencontres chaleureuses et spontanées comme il semble, au moins lorsqu'on vit à Paris, qu'elles ne se font plus qu'en voyage.
Et ici, j'ai une pensée particulière et tendre pour ceux que nous avons rencontrés ces dernières années en Egypte ou sur les bords et au bord de le Mer Noire, avec qui nous avons partagés des moments délicieux et qui se reconnaîtront.
Donc, hier, simplement sur la terrasse devant le petit déjeuner, quelques échanges, une sympathie mutuelle et la journée passée ensemble comme de toute évidence.
Nous nous émerveillons de ces deux hommes, de leur enthousiasme généreux, de leur délicatesse, de leur vie riche et si notre avion ne décollait pas demain soir, nous aurions certainement reculé notre retour à Marrakech pour être encore un peu avec eux.
Nos nouveaux camarades arrivent en voiture de Casablanca et nous proposent gentiment une escapade.

Flore et les lavandières


© A.

Ça ne prévient pas quand ça arrive...

"...Ça vient de loin,
Ça s'est traîné de rive en rive..."*

Alors finalement vous êtes parti.
Et, quand vous arrivez, en quelque sorte, vous êtes là où vous avez toujours voulu être, à votre juste place.
Et la ville, blanche et délicatement désuète, battue par les flots, est exactement comme vous l'aviez imaginée.
Il n'y a rien de superflu dans vos bagages ; à peine de quoi lire, écrire et de quoi travailler.
Vous êtes léger.
Vous êtes accompagné pourtant et vous travaillez bien.
Vous travaillez de votre mieux.
Et un soir, c'est là, peut-être que c'est arrivé à pas feutrés dans la journée, sans que vous y preniez garde, cette impression de dérisoire infinie, et vous vous sentez seul, seul de la terrible et inexorable solitude inhérente à la condition d'homme.
Le sens de toute chose semble vous avoir échappé.
Sa valeur.
Vous regardez les petites images de la journée, trois petits polas dont vous aviez été assez heureux sur le moment, qui vous ont même paru assez bien peut-être. Vous pensez que la vie d'un papillon dure une journée.
Vous vous demandez où trouver la force de continuer.
Et, à quoi bon.

Mogador, dimanche soir.

* Barbara, Le mal de vivre

Mogador

La Femme Française a posé ses bagages à Mogador pour quelques journées pâles et tièdes.
A l'aube, elle arpente les venelles encore désertes de la vieille ville ensommeillée.
Elle marche ainsi jusqu'à ce que la lumière devienne trop dure puis retourne à son hôtel, serrant contre son cœur les images captives de ses boîtiers noirs.
Le jour, elle dort dans l'ombre bleue de sa chambre.
Elle rêve de désert, de Tiznit, de Cap Juby et de Mauritanie.



J'ai le plaisir d'annoncer à ceux qui avaient prédit, qui avaient parié que je me plairai à Essaouira, qu'ils ont avaient raison ; à ceux qui pensaient que, de surcroît, j'y travaillerais bien, je dirais que c'est effectivement prometteur, mais je ne m'engagerai pas plus avant car on ne peut jurer de rien avant d'avoir vu les films…


© A.

Dernier matin avant Essaouira

6h. Stricto sensus, levés au chant du coq.
Couchés tellement morts de fatigue la veille que le muezzin n'a été pour moi qu'un vague ronron.
Nous avons décidé de suivre les conseils de Spei et de ne pas "manquer" les Jardins de Majorelle quoique, est ce bien avouable, je n'aie encore pas vu jusqu'ici une seule photo qui m'ait donné envie d'y aller.
Le bleu dur de la bâtisse me sort par les yeux, idem pour les couleurs criardes des pots ; l'ensemble m'a toujours semblé raide, certainement un peu trop ordonnancé pour mon goût.


©A.

Mais être là et ne pas aller jeter un Å“il parce qu'on n'a pas aimé les cartes postales serait vraiment très bête ; parce qu'entre une photographie et la réalité (si tant est que cette dernière existe ce dont je doute) il y a parfois une légère marge…
Donc, le Nes, l'orange, une petite marche vivifiante dans la médina encore presque déserte et nous voilà dans notre premier taxi.
Après une courte négociation matinale et bonne enfant, nous faisons la course pour 10 Dhs, soit environ 1 euro.
Les Jardins de Majorelle ouvrent à 8 heures, quand nous arrivons à -10, deux couples attendent déjà, mais, par chance, aucun bus n'est encore en vue.
Ne sachant pas vraiment à quoi m'en tenir et depuis le vernissage de l'exposition Yves Saint-Laurent au Petit Palais où nous étions Sarah V. et moi, j'avais la secrète espérance, naïve j'en conviens, de voir sa maison apparaître entre deux cactus ; non pas que je sois une fan mais les petits films que nous avions vus la montraient fort belle.
Que nenni.
En étant très attentif, on pouvait en distinguer à peine, au loin entre deux hautes palissades et un palmier géant la belle toiture aux tuiles vertes vernissées. Pour 30Dhs le billet, on devra se contenter d'une petite ballade au milieu des plantes exotiques, fort rares parait-il.
A 8 heures, il faisait encore une température exquise et nous étions presque seuls, deux heures plus tard on comptait environ un touriste pour un bambou. Le musée étant fermé pour travaux, cela nous a économisé les 30 Dhs de deux entrées.
Pour le reste, tout n'étant qu'affaire de goût et mes préoccupations étant assez particulières, je dirais que l'ensemble m'a paru très fidèle aux cartes postales, ou inversement, et que, n'étant pas une passionnée d'essences rares, j'ai passé là un agréable moment, sans avoir été émue une seule seconde.
J'ai cru assez longtemps, et je ne parle pas de ce qu'indiquait ma cellule sous les arbres, que nous repartirions sans que j'ai même mis l'œil au viseur. C'était sans imaginer les palmiers se réfléchissant dans le bassin aux nymphéas.
Nous avons installé notre petit campement pour la moitié de la matinée.
Le tout pour une poignée de polas orientalisants et parfois impressionnistes qui me permettent de remercier chaleureusement notre cher Jean-François de son conseil avisé.



Pour ce qui est du N&B, malheureusement, il faudra attendre le retour pour en avoir le cœur net.
Vivement le numérique !
Je plaisante.
Terminé la ballade par une visite à la boutique ; pour être photographe, je n'en suis pas moins blonde.
La serviette d'invité, blanche brodé de bleu, 600Dhs, soit 60 euros, m'arrache un éclat de rire.
Le reste est naturellement à l'avenant.
Toutefois, je ne nierai pas le vif plaisir donné par l'ambiance luxueuse et feutrée du lieu, comme une bouffée d'Europe.
Nous repartons sans envie ni regret.


©A.

Ensuite le temps s'accélère ; un nouveau taxi nous pose à l'Institut Français car il ne saurait être question de quitter Marrakech sans voir l'exposition des photos que Klavdij Sluban a faites durant sa résidence de trois mois au Maroc et dont le vernissage a eu lieu la veille de notre arrivée.
J'ai toujours beaucoup aimé son travail, ses noirs d'encre grasse, cette mélancolie poignante de l'Est, son dernier livre Transsibériades est une vraie réussite à mon goût et je suis heureuse du hasard qui met son nouveau travail sur ma route.
Assez belle salle blanche en deux parties, surtout si l'on considère que nous sommes au Maroc.



Il y a là, je dirais, à vue de nez, 80 photos de très petit format. Des 13/18 dans du A4 ; ce qui permet de mettre deux ou trois A4 verticaux dans des cadres 50/60.
Sans prendre trop de risques, je dirais que nous sommes devant des tirages numériques et comme il travaille d'habitude au Leica, probablement d'après négatifs. Je me rappelle encore les magnifiques grands tirages réalisés par Guillaume Geneste pour son exposition de la MEP et là il faut nettement passer par-dessus la déception et se concentrer sur les images seules.
Je ne suis ni naïve ni idiote et j'imagine bien qu'il s'agit d'une histoire d'argent.
Il y a vraiment, si l'on aime son travail des photos splendides ; en particulier une double fenêtre carrée donnant sur la mer à Essaouira un jour de brume ou de pluie, que j'aimerais bien avoir faite !
Mais, à mon avis, quarante auraient suffit et l'autre moitié fait la blague mais n'est pas d'une grande facture.
Normal, 90 jours pour sortir 80 bonnes photos…à moins d'être Mozart…
Ensuite, acheter les billets de bus (compagnie Supratour 65Dh/pers), rentrer faire les bagages et repartir.
Il fait 37°.
Pour la première fois, on sent la pollution, ou est ce la poussière ? et il devient assez difficile de respirer.
Heureusement, ce soir, la mer.

Flanerie et petits achats

Levés tard, nous avons aggravé notre cas en passant notre journée à buller, à faire de nonchalants repérages, à écrire, à lire "Les voix de Marrakech", le petit bijou d'Elias Canetti.
Je bricole tout de même ici et là lorsque nous finissons par nous éloigner du centre ville, de ses boutiques, de ses touristes, pour des ruelles pauvres, sales et à moitié désertes ; royaume de chats pouilleux et d'humbles artisans.
Je ne dis pas que je suis tout le temps pleinement rassurée, mais j'aime encore mieux ça ; je regrette juste mon choix de ce matin, chemise légère et grand chapeau blanc, plus voyants que mon habituelle blouse noire.
Les gens sont gentils d'ailleurs, qui me laissent entrer dans leurs minuscules échoppes pour me faire gagner le recul souvent nécessaire.



Pas grand-chose à souker ici. A peu près les mêmes articles qu'à Marrakech, peut-être un peu plus difficile à négocier, moins d'offre, plus de demande et, sauf exception qui m'aura échappée jusqu'ici, le cuir est moins beau, ses boucles souvent érodées par l'air marin.
Rien de bien excitant comme on voit.
Nous achetons pourtant 2 jolis pots à khôl en thuya, directement dans un petit atelier perdu au fond de notre rue, et une belle djellaba blanche pour A. très Yves Saint-Laurent et qui sera parfaite pour la bergerie cet été.


Le reste de la journée s'enfuit sans qu'on s'en aperçoive.

Essaouira - Premier contact

Arrivés hier en fin d'après-midi après 3h30 de bus sur une piste plus ou moins goudronnée ici et là.
Une fois posés les bagages à l'hôtel, il est trop tard pour travailler.
Nous logeons à l'hôtel Emeraude, recommandé, à juste titre me semble-t-il, par le Routard et dont nous avions repéré le site sur internet en faisant nos réservations voilà une quinzaine de jours.
C'est un endroit charmant, très coquettement décoré, tenu par des Français, ceci expliquant peut-être cela.
Les chambres sont effectivement minuscules mais réellement agréables et cela nous change des petits taudis égyptiens dont nous nous étions fait une spécialité. La notre, la 34, donne sur la première terrasse et nous avons à peine un pas à faire pour prendre le petit déjeuner ou écrire ; c'est pourtant fort calme.
Nous prenons un rapide contact avec la ville avant d'aller dîner de tajines au Ferdaouss
Nous optons pour un œuf-koftas et l'autre tout légumes, le premier sans grand intérêt, le second délicieux.
Un seul aurait suffit pour deux…mais nous n'avons pas osé.
Nos voisins de table ouvrent une bouteille de rouge achetée à l'autre bout de la ville et qu'on peut apporter pour diner.

Retour à l'hôtel de nuit ; seul bémol, pour des filles seules, il est un peu éloigné de l'animation des rues marchandes, celle-ci, toute petite et sans éclairage, n'est pas trop rassurante, à tort ou à raison.

Marrakech-Essaouira by bus

On plie bagages en vitesse pour essayer d'attraper le bus de 14h45 pour Essaouira.
J'essaie de donner des nouvelles de Majorelle et du reste dès que possible.
Un grand merci à chacun de ceux qui écrivent ce qui nous fait toujours grand plaisir !

Jour après jour

Alors, évidement, ça ne pouvait pas continuer, n'est ce pas, cette vie de grasses matinées. Aujourd'hui on a fini par reprendre les bonnes habitudes ; le muezzin à 5 heures, le coq à six, le réveil à 6h30.
Passé le choc et une fois le Nes et une orange avalés, vient la récompense, le bonheur d'être un peu seuls, un peu tranquilles à profiter de la lumière qui se lève.



Ici, dans les ruelles étroites, le problème se pose comme ça, les gens ont envahi les ruelles bien avant que ma cellule indique 8 au 90', qui est la plus grande ouverture d'un Holga trafiqué, comme certains s'en souviennent.
Du coup, je me rabats sur le Palais Bahia un peu tard, puisque nous arrivons sur place juste à temps pour doubler le premier groupe, ce qui nous oblige ensuite à faire les premières salles au pas de charge pour espérer seulement avoir le temps de travailler avant qu'ils n'envahissent la salle où nous sommes.
Heureusement, si j'ose dire, je n'ai pas d'extase, certainement suis-je encore dans l'émerveillement de l'Alcazar de Séville, que j'ai passé presque deux jours consécutifs à photographier.
Il y a pourtant là de magnifiques plafonds de cèdre peint et les sols de marbre et de carreaux émaillés mélangés sont de toute beauté…



Nous quitterions bien les lieux sans avoir fait une image n'était la dernière "cour" délicieusement fanée, très belle avec son enfilade de colonnades et son sol décoloré par l'usure.


© A.

Nous restons tant que nous pouvons à essayer de rendre l'âme du lieu.
11h. L'arrivée de plusieurs groupes de touristes, à quoi viennent s'ajouter les élèves d'une classe d'art plastique nous chasse à coup sûr.
Seul bémol, tandis qu'à mon habitude j'attends patiemment que la moitié d'un jardin soit libre de tout être humain, une des trois femmes de ménage me prend rudement à parti, m'accusant de chercher à la photographier insidieusement depuis mon arrivée ; ceux qui connaissent mon travail apprécieront.
C'est une petite scène pénible et agressive, bien dans la tendance du rapport à la photographie qu'ont les gens ici.
Si je lève mon boîtier pour photographier un bout de ruelle vide, à cinquante mètres à la ronde chacun de lever le bras pour se protéger, ou, comme avant-hier, une voiture bâchée de l'autre côté de la route, les gamines dans mon dos de dire "non, non, non".
On imagine le petit jeu de cache-cache quand je veux mettre quelqu'un dans le cadre.
A vrai dire, nous marchons beaucoup, je regarde beaucoup, mais je photographie peu, à peine deux bobines par jour (de 12).
Je ne saurais dire pourquoi d'ailleurs.
Aujourd'hui, lumière laiteuse, lumière à polas, parfaite pour Sabah el Nour ; mais je n'aime guère en noir et blanc ces ciels laiteux, leur clarté plate et pauvre qu'aucun filtre orange ne pourrait habiller.
Et avec un format carré, on ne saurait toujours faire l'économie d'un pan de ciel…


Du coup, nous flânons, nous rôdons, prenant déjà dix fois les mêmes ruelles de souk et reconnaissant notre route à certain sac safran, à tel mendiant recroquevillé, au tapis pendu près de la fontaine verte, finissant toujours par atterrir sur la place, l'inévitable place, à la terrasse d'un café, ce matin le Café de France pour une pause courrier, cet après midi fort tard, en terrasse haute pour un tajine poulet-citron qui fait office de déjeuner-goûter tandis que nous contemplons mollement l'agitation sur l'esplanade à nos pieds au rythme du tambour.



A quoi on peut voir que nous n'avons pas une vie d'esclave, ni bien originale, presque la vie de tout le monde…

18h. D4 - 90'
Terminé pour moi.
Sauf à attaquer en pause B.

Premier contact

Crépuscule.
Trop tard pour continuer de travailler.
Nous rentrons bien fatigués par un après-midi de marche prendre un douche et profiter des dernières lueurs du jour?
Ici, la fraîcheur tombe avec la nuit et vite le froid s'ensuit.
Je n'ai pas quitté mon cachemire de la journée et ce n'est pas juste parce que les manches de mon tee-shirt noir n'ont pas la longueur règlementaire et laissent apparaître un bout d'avant bras et le poignet.


© A.

Levés, merveilleusement, lâchement, tard ce matin et décollés sans honte vers 14h30, en plein quand la lumière est trop dure pour travailler, après avoir fait traîner en longueur le petit-déjeuner et entamé cette journée en bricolant quelques polas du grand salon bleu.
J'en offre un assez net et doucement coloré à la tante de notre hôte, une petite vieille dame charmante, dans l'idée claire de me la mettre dans la poche pour le jour où je lui demanderai de poser avec son joli fichu framboise.
Contrairement à l'Egypte, il y a ici tout un artisanat et il n'est pas rare de voir, en complément d'une tenue assez humble, un accessoire d'une couleur réellement magnifique.
Donc, nous finissons par nous arracher du salon bleu en compagnie d'Adeline qui vit ici depuis un mois et demi et nous fait goûter au plaisir de nous laisser guider et d'écouter les anecdotes de la vie locale en faisant de petites images ici ou là.
Alors, naturellement, à ce rythme là nous n'avançons guère.
Une image, une halte babouches, un arrêt pour acheter les oranges ou les petites bananes d'Agadir, un autre pour le pain et la Vache qui Rit, une image, une pause pour bavarder avec un couple rencontré la veille et recroisé devant un étal de gâteaux dorés admirables…
Ainsi allons nous tranquillement jusqu'au musée des arts subsaharien, le musée Dar Tiskiwin, bader devant la riche collection de tapis et autres bijoux berbères. Mes compagnons ont la bonté de ne pas s'impatienter de mes stations photographiques.
La population est tellement, je ne sais comment dire, "intégrée dans le décor", que je suis très tentée de laisser entrer parfois quelques personnages dans le cadre.



De là découle tout naturellement, je le crains, l'écueil du "déjà vu".
Il semble y avoir ici, merveilleusement réunis, tous les éléments d'un Orient immémorial, l'Orient que la Femme Française porte en elle et il s'agit d'être prudente et de ne pas tomber dans le cliché.
Éviter les vieux porteurs d'eau comme j'ai évité les barbelés sur le Camp de Rivesaltes.
Du coup, je marche sur un fil.
De soie.

Ce matin...

...sur le coup de 5h, magnifique muezzin de la mosquée la plus proche, nous restons longtemps à l'écoute, c'est vraiment très poétique et musical, puis tous les autres s'y metttent et c'est la cacophonie, je mets mes boules quiès pour m'épargner l'insupportable petit coq bavard de la maison et nous nous rendormons.
6h. Le réveil ; chacun peut voir qu'on essaye au moins.
Mais, finalement pas la force...
Demain, c'est sûr.

Paris-Marrakech

Quelques lignes brèves pour ne pas terminer cette première journée marocaine sans faire un petit signe, dire que nous sommes bien arrivés et que le premier contact est très prometteur.
Réussi à faire quelques premières photos, à attraper un coup petit coup de soleil et à rentrer à la maison où nous logeons sans nous perdre dans les ruelles étroites et pittoresques de la médina.



Une pensée particulière à chacun de ceux qui écrivent, ce qui me fait grand plaisir. En attendant le temps et l'énergie de répondre à chacun, ce qui ne saurait tarder.
La nuit est tombée, depuis malgré les 20° affichés, nous avons mis une petite laine.
Et pour rester dans l'essentiel : à midi, délicieux tajine lentille-potiron mitonné par notre hôtesse qui laisse augurer une cuisine fort gouteuse.

Jour J - Paris Marrakech

Couchés à pas d'heures et levés au milieu de la nuit.
On la connaissait déjà celle-là.
Encore prévu le temps un peu court ; une fois le café avalé, j'ai le choix entre refaire le lit pour M. qui va vivre un temps chez nous ou essayer encore une fois de fermer mon sac photo.
C'est vite vu, je jette une pile de draps propres sur le matelas.
Encore un coup partis avec la vaisselle dans l'évier.
Dur de devenir adulte ?
C'est la première fois que nous partons pour ce que j'appellerais une durée bâtarde, ni 3 – 4 jours, ni plusieurs semaines ; nous avons choisi de voyager avec un seul bagage et l'ordi. A. porte lui aussi sa camera au dos, du coup tout est déjà plein à craquer.
Si nous achetons des babouches, il nous faudra les avoir aux pieds pour le retour.
Je pars avec :
2 Holga trafiqués
2 cellules (mon flash-mètre et la jolie cellule à main que vient de m'offrir A. en remplacement de celle que notre visiteur du soir m'a volé à Istanbul)
50 film Tri-X 120
Un Diana avec son 100 mm (par acquis de conscience)
Un SX-70 avec une poignée de polas (histoire de bricoler un peu si l'occasion se présente)

Et, forte des expériences précédentes :
Un cutter
De la superglue
Des mousses de rechange
Des filtres gris 1 diaf
Plusieurs filtres oranges
Des pochettes cristal et une boite d'archivage pour les polas
Un manchon
Des sacs plastiques noirs opaques
Un rouleau de gaffeur toilé
Divers feutres, stylos et crayons à papier
L'Ixus et son chargeur.
Le Godzilla

Mon sac contient aussi deux carnets de notes, le livre d'Elias Canetti "Les voix de Marrakech", celui de Mahi Binebine "Les étoiles de Sidi Moumen", nos brosses à dents, du dentifrice, du Nurofen, une culotte de rechange, ma pilule, des chewing-gum, du chocolat au gingembre, mes lunettes de soleil, le liquide des lentilles, un mini nécessaire de couture et ma trousse à maquillage.
En gros le kit nécessaire à notre survie si, comme ce ne serait pas exceptionnel, nos bagages se perdaient malencontreusement ici ou là. Par contre, je n'ai ni les billets, ni les vouchers, ni argent, ni papiers car, à partir de maintenant, c'est A. la tête pensante de notre couple, comme d'habitude.
Et pas de téléphones portables ; ça c'est le luxe complet.

Zut, j'ai oublié le deuxième porte-filtre au studio ! Trop tard.
5h. Le taxi attend devant la porte.

La grande nouvelle d'aujourd'hui, c'est que, pour la première fois, la police avertie de notre venue, nous attend et les films ne sont pas soumis aux Rayons-X. C'est un énorme soulagement de ne pas avoir à me battre.

Jour J - 1 suite

J'hésite sur la catégorie dans laquelle je dois ranger ce billet ; il me semble que celle intitulée La vie dans la jungle serait mieux appropriée, peut-être.

Début d'après-midi, tandis que nous nous débattons pour laisser tout en ordre au studio, j'apprends par mail qu'un des profs nous laisse tomber.
Sylvain G. pour ne pas le nommer.
On reconnaîtra l'élégance du procédé, m'annoncer par mail la veille de mon départ qu'on n'assumera pas les heures de cours convenues de la semaine suivante, en me mettant un joli petit chantage financier sur les bras.
Et dire que c'est un type qui m'a été recommandé.
Heureusement que Marie-Véro est disponible et de toute confiance ; elle accepte sans hésiter ce surcroît de travail, assumer les cours des élèves ainsi abandonnés durant mon absence.
Je renonce sans difficulté à un prof qui assurait le service minimum et m'a laissé le labo à peine propre, les tirages traînant dans l'eau de rinçage des 48 h d'affilées, les quelques fois où il est venu.
Un type qui peut, sans état d'âme trahir la parole donnée, mettre dans l'embarras trois confrères et laisser sans cours une poignée d'élèves qui ne sont responsables de rien.

N'empêche L'œil de l'Esprit va devoir se remettre en quête…c'est pénible…