Tandis que ça rince...

Petit billet de fin de journée tandis que rincent quelques nouvelles images de Turquie volées à une journée bien remplie.
A. est venu me rejoindre pour travailler sur le montage d'un film, ainsi serons nous deux à dormir au labo ce soir !
Semaine de reprise de cours, les élèves m'arrivent chaque jour avec, pour certains, une réjouissante avalanche de photos, pour d'autres une maigre moisson découragée et pour les nouveaux, le premier film fait tout exprès pour l'occasion.
Depuis samedi, j'ai passé à la loupe des centaines d'images et visité la moitié de la terre par oeil interposé !
J'ai eu un moment d'envie devant les belles structures en métal sur les plages de Los Angeles, moi qui en ai tant photographié voilà deux ans sur les plages d'Alexandrie et j'ai trouvé sur certaines photos de Bali tous les palmiers qui m'ont tellement manqué cette année à Istanbul.
J'ai déjà eu mille tentations de repartir !
L'année s'annonce laborieuse et peu propice aux voyages...mais, planning en main, sitôt étions nous rentrés, qu'A. et moi étions sur Internet à regarder les sites de voyage...classique !
Dernière de la semaine, Isabelle L. gaie et bronzée, arrive avec sa trentaine de films N&B, sa boite à thé remplie de petit polas-fuji et les bras chargés de cadeaux.
Je lui suis reconnaissante de travailler avec acharnement et gourmandise, d'avoir gardé le contact tout l'été malgré les milliers de kilomètres qui nous ont souvent séparées et de penser si gentiment à mon anniversaire passé depuis bien longtemps en m'offrant de ravissantes petites choses de filles, quand nous avons la plupart du temps des conversations sur les mérites comparés du révélateur Neutol WA et du Variospeed W de Téténal !
Nous reprenons avec plaisir notre habitude de faire une coupure pour déjeuner ensemble.
Isabelle L. apporte aussi les premiers tirages qu'elle vient de faire dans son propre labo.
En juin, je lui avait choisi du matériel pour se monter un labo personnel ; après sa victoire à la Foire de Biêvre, nous pensions qu'il devenait nécessaire qu'elle puisse travailler entre deux cours et là, voilà, après quelques contretemps, il est opérationnel.
Elle est naturellement enchantée de ce magnifique joujou.
Je peux sans peine revenir 30 ans en arrière, me rappeler de ma propre joie, et me réjouir avec elle de cette nouvelle aventure qui commence.
Bien qu'il soit tard, il serait tout à fait injuste de terminer ce billet sans dire un mot de mon cours d'hier avec Jean-François.
Ceux qui lisent Intime Public avec assiduité ont pu voir apparaitre depuis Amasra un nouvel intervenant dont les commentaires, pour ma plus grande joie, contribuent à rehausser un peu le niveau de la réflexion sur ce blog et à lui donner un tour que j'ai assez longtemps espéré...c'est justement Jean-François !
On comprendra que je me sois réjouie de le voir arriver pour son premier cours.
Premier cours, première chambre noire.
Et ce miracle des images qui apparaissent sous la lampe rouge.
J'avais huit ans lorsque j'ai fait mes premiers développements et je m'en souviens comme si c'était hier.
C'était dans la salle d'école où mon père pratiquait la pédagogie Freinet, le projecteur à diapos servait d'agrandisseur, nous rincions dans le petit lavabo à côté du tableau noir, impossible de me rappeler dans quoi étaient les chimies mais ma mère garde encore dans un album ma première photo, un cerisier en fleurs.
Sur l'Ile de Beauté, je suis presque sûre que mes amis Christian et Valérie Mariani (que j'embrasse affectueusement) se souviennent eux aussi de ce moment magique... Cliquez ici pour voir la suite du billet.

Un peu de bleu dans la grisaille d'aujourd'hui



Dimanche, des images.

Ce matin.
Je m'arrache du lit pour aller voir l'expo Henri Cartier-Bresson au Musée d'Art Moderne.
Parce que ça ferme aujourd'hui.
Que, bien sûr, j'ai vu celle de la MEP, mais qu'une conversation que j'avais eu la chance d'avoir avec Les Lunettes Rouges avait attisé ma curiosité à propos de celle ci.
Pardon, mais je ne me sens rien de particulièrement intelligent ou nouveau à dire à propos de Cartier-Bresson.
C'était un bon moment, parce que c'est la rentrée, que j'ai encore de l'énergie pour faire autre chose que travailler, parce que le rayon de soleil à l'aller m'a donné l'impression d'être une touriste à Paris, parce que j'ai découvert quelques images que je ne connaissais pas et retrouvé deux ou trois que j'aime vraiment beaucoup et qui me réjouissent à la fois l'oeil et l'esprit.
Comme celle du vélo derrière la rampe. Hyère - 1932
Ou celle de la gamine entre deux maisons blanches brulées de soleil. Sifnos, Grèce. - 1961
Ce sont des images qui me donne l'impression d'être présence d'une forme d'intelligence particulièrement étincelante et limpide, un peu comme quand j'écoute Murray Perahia jouer les Variations Golberg de Bach.



Impression confortée, s'il était nécessaire par la lecture du texte qu'il a écrit et qui accompagne l'exposition L'imaginaire d'après nature (1976) et dont voici les premières lignes :

"La photographie n'a pas changé depuis son origine, sauf dans ses aspect techniques, ce qui, pour moi, ne constitue pas une préoccupation majeure. La photographie parait être une activité facile ; c'est une opération diverse et ambiguë où le seul dénominateur commun de ceux qui la pratique est l'outil."

Pour le reste, je n'ai pas d'extase sur les tirages, que je trouve péniblement grisâtres et qui me donnent l'impression d'être devant des planches contact géantes ; pour le coup, on voit l'ossature même de l'image certes, on est bien certain que si c'est beau, ce n'est pas grâce à un coup de pouce du tirage ! Mais, qu'on me pardonne, certaine images auraient peut-être mérité ce légitime petit coup de pouce, surtout dans un format aussi grand.
Et puisque nous avons eu ces deux expositions simultanément, avec certaines photos qui se recoupaient dans les deux, je peux bien dire que, pour ma part, j'ai préféré les tirages de la MEP qui m'ont donné plus de plaisir.

L'après-midi.
Je rejoins mon labo avec assez de provisions pour y dormir et y rester enfermée jusqu'à mardi matin.
Je découvre petit à petit les images de Turquie.
Dieu, qu'il est donc difficile de se dépasser !
Lorsque je ne parviens pas à me dépasser, je me déçois.
Autant dire que j'ai de multiples occasions de me décevoir.
Pire, je regarde toutes ces images que je savais déjà faire avant de partir, toutes les fois où j'ai fait une photo que je savais déjà faire, que j'avais, en quelque sorte "amenée avec moi", et je m'ennuie moi-même.

Heureusement, par ci par là, une image inattendue ; non pas le fruit du hasard, non, une que j'avais rêvée et encore jamais faite. Qu'on m'entende, je ne parle évidement pas du sujet.
Peu.
Mais bon, ça permet de continuer.

Et enfin Paris à nouveau

Naturellement, mon premier rendez vous est avec Demi-Teinte.
Il a été calé voilà quinze jours environ quand j'ai appelé pour dire avec combien de films environ je rentrais.
53 donc, sur les 100 qui étaient dans les bagages.
Ce n'est pas énorme ; j'espérais faire mieux.
+ 1 film test.
9h30. Je retrouve Jean-Pierre Haie.
C'est la première fois depuis très longtemps que j'éprouve cette impression de "ramener" des images. Je veux dire, vous partez travailler et quand vous rentrez, quelqu'un est là qui se sent concerné par ce que vous rapportez
Les dernières fois que j'ai ressenti cette impression, j'étais en agence, autant dire que ça fait un bail !
Tel que je le pratique, le métier de photographe est assez solitaire.
C'est pourquoi je suis touchée que Jean-Pierre ait prévu de développer lui-même le test et les premiers films, d'être disponible pour les analyser et décider des éventuelles corrections à apporter aux développements suivants.
Je reste là à me ronger les sangs avec Elle sur les genoux, en attendant le verdict.
Quand je travaillais avec des boitiers normaux, je veux dire pas avec ces fichus boitiers alternatifs, je n'avais jamais de ces angoisses ; mes films étaient toujours si merveilleusement réguliers que j'ai pu travailler sur l'Art Classic de Kentmere, même à l'époque où il ne restait plus qu'un grade tant, le labo et moi, nous étions calés.
C'est bien fini. J'ai beau travailler à la cellule et être attentive...au bout du compte, ça a l'air d'être une sorte de jackpot et je déteste cette idée.
Même si c'est le prix à payer pour avoir le grain que je veux...je peste, je râle et je me ronge...je voudrais l'optique de mon Holga sur un boitier Nikon FM2 !
Si quelqu'un a un tuyau, qu'il s'exprime !
Je commence à respirer mieux après que nous ayons regardé les premiers négatifs, sortis des spirales encore tout mouillés, même pas rincés, pour gagner du temps...avec le bazar que c'est ensuite pour les y remettre...

Ensuite la vie reprend son cours.
J'ai rendez-vous à la maison avec Jean-François, un nouvel élève, et les sacs à dos sont comme éventrés au milieu du salon, le frigo est vide, le linge sale empêche d'accéder à la salle de bain ; bref c'est la vraie vie qui recommence !

Fin de journée.
Malgré un quiproquo sur la date et l'heure, grâce à sa bonne volonté et à sa gentillesse, nous parvenons à nous rencontrer.
Comme nous avons déjà eu quelques échanges prometteurs, j'avais un à priori tout à fait favorable...dans ces cas, on toujours un peu peur d'être déçu...ou décevante...
Mais bon, on a fait de notre mieux, en personnes de bonne compagnie ; il a évité de me reprocher de lui avoir fait traverser tout Paris dans l'urgence à 7 heures du soir, j'ai pas dit ce que me fait " Hyper ", le travail de Denis Darzacq !
Après on s'est filé rendez vous la semaine prochaine "pour de nouvelles aventures" !

De Prague

A l'aéroport Ataturk, encore des arguments à n'en plus finir et des larmes pour éviter les Rayons X aux films que je ramène.
Deux contrôles dans cet aéroport qui ne possède pas de détecteur d'explosifs.
Afin d'anticiper les problèmes, nous arrivons très en avance.
Premier contrôle très dur ; nous restons à à négocier pied à pied face à un policier qui ne veut rien entendre.
Nous nous expliquons dans un mauvais anglais de part et d'autre, ce qui ne facilite rien et ne perdons pas de vue que Ramadan a commencé depuis 15 jours et qu'une partie de la population est fatiguée par le jeûne.
A bout d'arguments, je finis par fondre en larmes.
Je serre le petit paquet de films contre mon cœur et je sanglote.
A la fin, j'ai gain de cause ; une femme ouvre les packs et vérifie les bobines une par une.
Les films faits et les autres.100 au total
Normal.
Je me confonds en remerciements.
Et d'un.
Au contrôle de police, nouveau suspense, A. ayant perdu mon visa pendant le voyage.
Quelques coups de téléphone plus tard nous passons.
Nous sommes encore tellement tendu que je fais l'impasse sur la grande parfumerie du duty free, c'est dire.
Encore 50m, voici le 2ème contrôle.
Par chance nous sommes seuls, j'anticipe en tenant ma carte de l'UPC à la main, j'ai remarqué qu'elle rassure, et j'ouvre le sac de films en recommençant à raconter mon histoire.
Le type m'écoute en souriant gentiment et, pendant un moment, je pense que c'est gagné.
Faux.
Arrive un nouvel interlocuteur et je dois recommencer le topo.
A la fin, de guerre lasse, je sauve les films faits, en abandonnant les autres aux rayons X.
Tous sont à nouveau vérifiés un par un avant de m'être rendus.
Je suis épuisée.
Avec les 5 TL qui lui restent A. m'offre une barre de chocolat aux noisettes pour me réconforter.
Je ne dirais jamais assez de bien de mon compagnon !
Reste Prague.
Et deux heures de vol pour me préparer au pire…
...mais, à Prague, nous tombons sur un jeune homme adorable qui me comprend sans que j'ai à me justifier, regarde mes 100 films un par un avec compréhension et me rend le tout en souriant.

Abdulilah !
Encore une preuve, s'il en fallait, de la place privilégiée que tient la photographie dans la culture tchèque, patrie de Sudek, Koudelka, Tichy…

PS : Plus de photos sur le blog en ce moment parce que notre voleur est parti avec le cable de transfert de l'Ixus. Désolée.

L'année dernière une souris dans notre chambre...

Alors, cette nuit, nue sous mon drap, je me suis réveillée en frissonnant un peu à cause du froid qui rentrait par la fenêtre, c'était bien après que les tambours aient arpenté la ville, et en ouvrant les yeux, il y avait un homme dans notre chambre !
Disons à 80 cm de moi.
Je lui ai hurlé de dégager, ce qui a réveillé A. qui dort toujours comme un ange, mais a réagi assez vite pour l'empoigner ; malheureusement l'autre est parvenu à repasser la fenêtre et à sauter du 1er étage dans la rue.
Le tout n'a pas duré 1 mn.
C'était époustouflant, mais si rapide que nous n'avons pas eu le temps d'avoir peur.
Je reste assez sidérée de voir l'audace de ce jeune homme (disons moins de 20 ans) qui monte par la fenêtre voler dans une petite pièce close un couple qui dort.
Ensuite, nous avons allumé.
Et sur le coup, vu l'endroit où je l'avais trouvé, nous avons pensé qu'il était parti sans rien et que nous étions des petits veinards ; la pochette de voyage qui contenait tous les papiers et l'essentiel de l'argent était de l'autre côté de la pièce avec l'ordinateur et mon sac photo.
Puis A. a dit : "Il manque un sac" et j'ai pensé "Oh, mon Dieu non, pas les films !".
Mais les films étaient au frigo et alors j'estime que nous sommes des petits chanceux vraiment, parce qu'au frigo, il y avait les 50 films que j'ai fait durant tout le voyage et ça c'était impossible à remplacer !
Pour le reste, tant pis, on verra avec les assurances au retour...
Dans le sac, il y avait la petite cellule à main que mon père m'avait donnée, qu'il tenait de son père, qui lui même la tenait de son père ; c'était un très joli objet dans un petit étui de cuir brun et qui marchait sans pile depuis tant et tant d'années.
Ceux d'entre vous à qui je l'ai prêtée s'en souviendront.
J'y tenais vraiment beaucoup ; c'était la seule chose qui me restait de mon père avec un très beau jeu d'échec de voyage qui, lui aussi, avait appartenu à mon arrière-grand-père.
Mais s'il était parti avec les films...

Pas eu le temps de vous faire une petite photo pour illustrer...peut-être demain celles de la caméra de surveillance ?!

La boucle est bouclée - Retour à Istanbul

Pergame.
On se demande un peu comment on pu venir se perdre là tant on a été déçus ; plusieurs fois cette années, nous avons trouvé les appréciations du Routard, je dirais, surprenantes, pour le moins et nous commençons à envisager sérieusement de partir avec un deuxième guide en plus.

Évidemment, chacun à sa propre perception d'un lieu et, en voyage, comme ailleurs, un aimera ce que l'autre déteste.
Mais, Pergame, "site incontournable", personnellement, je trouve ça un peu excessif.
A la rigueur, si on arrive de nulle part, comme ce couple charmant avec qui nous prenons le dernier petit déjeuner à la pension Athena, Yvette et Christopher, si vous arrivez par avion d'Angleterre à Izmir, et qu'après quelques heures de route votre première visite est pour l'Acropole...vous garez votre voiture sur le parking à 50m du Temple de Trajan qui tend ses ravissantes coloniales vers un ciel d'azur.
Parfait.
Mais qu'en est il de votre émerveillement si vous avez passé votre été précédent en Grèce ?
Ou si, comme nous, vous étiez à Ephèse la veille et/ou vous parvenez au temple après une bonne heure de grimpette, le souffle court, les chevilles toutes égratignées par les chardons.
Le mien a été si modéré, que lorsque je me suis décidée à sortir un boîtier c'était uniquement pour faire un film-test, un film à sacrifier donc.
Non seulement nous aurions pu vivre largement sans ce "lieu incontournable", mais encore, ensuite pour rallier Istanbul c'était la croix et la bannière.
En gros, contrairement à ce que dit le Routard il y a UNE solution qui serait le bus de nuit de 21h15 qui met environ 10h.
Heureusement, notre hôtelier nous indique une alternative, un minibus jusqu'à la Gare de Soma, un train jusqu'à Bandirma et un trajet de 2h en Ferry qui permet d'arriver à Istanbul en fin d'après midi par la mer Marmara.
Nous choisissons cette option parce que :
- la nuit dans le bus, autant dire qu'il faut la journée du lendemain pour récupérer. Et alors où est le bénéfice ?
- c'est à la fois mois cher et plus confortable.
- comme c'est plus varier ça parait moins long, et on peut découvrir les paysages de cette région que l'on ne connaît pas encore.
En résumé, nous avons quitté l'hôtel à 9h30 et à 17h nous étions à Istanbul sans fatigue inutile.
Et avec l'arrivée par la mer dans la lumière du soir en prime.

Selçuk Pergame via Izmir

Quitté le petit coin de paradis que nous avions trouvé en bord de mer.
Pour venir voir, je n'ose pas dire visiter, la Bibliothèque de Pergame
Voilà bien une semaine que nous avons des échanges quotidiens avec Paris et la moitié de ma tête est ici, mais l'autre déjà rentrée, en train d'organiser les prochaines semaines.
L'accrochage que le Petit Palais organise d'une vingtaine de mes photographies dans le cadre de l'exposition Flash Back qui commence pour les Journées du Patrimoine nous a bien occupés en Août et nous avons échangés maints mails avec Susana Gallego-Cuesta, le conservateur chargée de la photographie, concernant les textes et le choix des images.
C'est à la fois l'avantage et l'inconvénient d'internet, on est joignable partout ! On peut travailler partout !
Donc, le début de cette exposition approche à grands pas, le Petit Palais, légitimement occupé par la "com" globale de l'exposition, a bien trop à faire pour s'occuper de la mienne...nous devons donc la faire nous-même !
D'ici !
D'hôtels en pensions, nous allons donc avec une sorte de bureau itinérant...
Septembre, c'est aussi la rentrée pour les élèves, les anciennes que je vais retrouver avec plaisir et dont j'attends les films avec intérêt, celle qui réapparait après une année trop chargée et les nouveaux...dont j'espère beaucoup, naturellement !
Du coup, j'ai beau être dans la ville où a été inventé le parchemin (voilà longtemps), j'avoue que j'ai un peu la tête ailleurs.
Parfois, un petit brin de mélancolie aussi...
J'aime tellement être ailleurs !

La fin d'hier

Donc, ce matin, Ephèse, sa bibliothèque, avec le nouveau cadrage et la lumière d'hier matin.
Mais, sans les touristes pas encore descendus des bus.
A 10 € le billet, A. m'attend à l'extérieur.
Autant dire que c'est la première fois que je suis seule depuis un mois !
Pour ceux que ça intéresse, à Ephèse, le soleil éclaire le matin la bibliothèque, le théâtre l'après midi.
C'est bon à savoir parfois !
J'attends que la façade soit éclairée, puis en 20min c'est plié.
On est passé de D8 à D45 entre le moment où j'arrive et celui ou je pars.

Ensuite, retour à Selçuk où nous attendons en vain un vol d'oiseaux noirs qui tournoyaient autour d'un minaret l'après midi de notre arrivée.
Je suis déçue.
Dans la foulée, un "plan" de mosquée qui m'avait paru pas mal l'autre soir, en y regardant bien, s'avère traversé par des fils électriques ; j'avais dû les occulter !

Je donne le signal du retour.
Le reste de la matinée est consacré à la lecture, à l'écriture.
C'est une de ces journées étranges où l'envie de rentrer "à la maison" vous saisit, pas vraiment le mal du pays, mais une sorte de blues léger.
Et pour ma part, je dînerais bien en famille ou avec des amis.
Parfois, comme à Amasra ou à Louxor, on fait précisément une rencontre, on sympathise avec des inconnus, si bien que le soir, c'est comme dîner avec des amis, un plaisir à se retrouver, une chaleur.



Un jour comme ça, le mieux, c'est encore d'aller à la mer.

Un dolmus part toutes les 30 mn à Pamucak.
La plage y est plantée tout au long de mignons petits palmiers qui font parasols, le sable est fin, la mer Egée toute tiède, scintillante de paillettes d'or, comme si toutes les naïades de la cote s'étaient baignées avec leur Huile Prodigieuse Nuxe, le soleil se couche lentement sur l'île de Samos toute proche.
Un après midi de carte postale.
Pas de photos ici, je préfère vous laissez imaginer !

Bis repetita

Ce matin, retour rapide à Ephèse.
Nous arrivons par le premier dolmus, soit avec 15 mn de retard environ ; mais comme les guichets n'ouvrent guère à l'heure non plus… je suis dans les temps.
Bien que nous soyons venus deux fois déjà hier, il me semblait que je pourrais mieux réussir la photo que j'ai tentée de la Bibliothèque.
C'est-à-dire, j'y ai travaillé hier matin un bon moment avec le soleil qui se levait sur la façade, mais dans le dolmus du retour, une idée m'est venue qui me semblait meilleure et, quand nous sommes revenus dans l'après midi, le soleil ayant tourné (la terre je veux dire) la façade était dans l'ombre, dans une sorte d'éclairage plus dramatique assez difficile mais tentant.
Pour parler vulgairement, je m'y suis collée un bon bout de temps, avec la foule ininterrompue des touristes qui déferlaient sur la placette, se faisaient photographier les doigts en V entre les portes ou posaient en famille pour le photographe de la croisière.
Au bout d'un moment, le nombre d'hommes plus ou moins équipés ayant tenté de venir me rejoindre sur le caillou où j'étais perchée ou attendant que je le quitte pour me copier aurait suffit à faire un petit fan-club ! Je suis toujours attristée par le manque d'imagination.
Et quel intérêt cela peut-il bien avoir de faire une photographie que quelqu'un d'autre à faite avant vous ?
Quand justement, le plus excitant, me semble être de parvenir à porter son propre regard sur le monde.
Si tout a été photographié, ce n'est plus le sujet qui compte mais celui qui regarde.
Par suite, si l'on admet que le sujet (je ne parle pas de l'événement) n'a plus guère de valeur à force d'avoir été photographié et que celle-ci réside maintenant, 150 ans environ après la naissance de la photographie et avec la banalisation de celle-ci, dans le regard porté, où réside la valeur lorsque le regard porté n'est plus que la copie d'un regard précédent ?
Pour soi-même et dans l'absolu ?

Je me rappelle assez bien ma première accréditation au Festival d'Avignon.
Imaginez une quarantaine de photographes professionnels disposés en quinconce sur 4 ou 5 rangées de sièges, selon cette disposition, un photographe, son sac, un photographe, son sac etc.
Entre les jambes de chaque photographe son trépied photo dont l'un des pieds passe par-dessus le siège inoccupé de la travée de devant.
Ainsi, cette quarantaine de photographes immobiles, dont les rangs les plus bas sont obligatoirement assis pour ne pas gêner les rangs supérieurs, plus ou moins équipés des 2 ou 3 mêmes boîtiers (un pour le N&B, un pour le tungstène et éventuellement pour la lumière du jour), disposant des mêmes optiques et des mêmes films (à l'époque nous étions en Ektas, le numérique n'ayant pas encore fait son apparition) face au même spectacle et demain, affrontant leurs images devant les mêmes iconographes des rédactions de journaux dans l'espoir d'obtenir ¼ de page ou, dans le meilleur des cas, ½ page.
Tentez d'imaginer le nombre de photos faites, le peu de place accordée au théâtre dans les journaux, périodiques et quotidiens confondus, en excluant au moins Libération qui envoyait son propre photographe avec une plus grande liberté de vue, cette année là Claudine Doury, son Leica, sa jupe légère, et peut être comprendrez vous mieux ce que j'essayais de dire dans le passage précédent, sur l'importance du regard.

Je me rappelle de mon effroi en "gagnant" ma place entre tous ces photographes, dont les 9/10 èmes étaient des hommes et une grande partie des "vétérans".
J'avais 25ans, j'étais bien équipée, mais mon choix d'avoir des optiques fixes était nettement moins adapté au spectacle que leurs zooms.
80 cm me séparait de mon voisin de droite comme de ma voisine de gauche, Brigitte Enguerand, sur qui il m'était facile de mettre un nom parce qu'elle était une des seules femmes présentes, et que la qualité de son travail était à peu près incontestable ; on pouvait facilement le constater jour après jour, les publications de l'agence Enguerand monopolisant une grande partie du marché disponible.
Donc, nous étions tous groupés là, et j'allais devoir faire de meilleures images que mes confrères, si je voulais gagner ma vie comme photographe de spectacle.
Meilleures. Différentes.
Nous étions en concurrence 3 fois par jour durant le Festival et autant de soir que nous le pouvions le reste de l'année.
Les parutions se succédaient jour après jour, semaine après semaine, avec la même donne, le même challenge.
Parfois 20 photographes seulement, ou moins, parfois 60, quand la presse people nous rejoignait, dans le cas d'un actrice de cinéma connue jouant dans une pièce par exemple.
Et parfois, j'étais vraiment bonne et mes photos paraissaient.
Et parfois, j'avais simplement les mêmes photos que mes confrères et alors les agences, dont le système de distribution était nettement supérieur, gagnaient presque toujours.
Nous étions obligés d'être là ensemble, il n'était pas question de se copier, nous n'en avions guère le temps non plus, et notre cahier des charges était précis, pas question de rater de photo de Roméo qui embrasse Juliette en "plan serré" ; nous devions être bon, au minimum, et faire en plus des photos différentes.
Huit ans à ce rythme m'ont appris l'humilité et à "être sur chaque point", comme on dit au tennis.
Pour ma part je dirais qu'il n'y a pas de mauvais sujet, si le sujet et là, j'essaie.
Et quand j'essaie, c'est de toutes mes forces.
Je donne mon maximum.
Je fais ce que je peux.

Résumés des épisodes précédents

Quitté samedi Izmir pour Selçuk (prononcer Selchuk) en minibus.
Pour ceux que ça intéresse, nous avons acheté nos places auprès de l'agence d'une compagnie de bus ( 7 TL pièce, prix qui incluait le transfert jusqu'à la gare routière à l'extérieur de la ville).
C'est presque la fin du voyage, il reste une semaine aujourd'hui, nos sacs commencent à se faire lourds et nous sommes sensibles à ce genre de petites facilités.
Le trajet dure un peu moins d'une heure.
Terminus des minibus dans ce qui nous semble être le centre ville, en face d'une poignée de boutiques spécial touristes.
Il est 14h30 environ, le soleil tape fort, la lumière est dure.
Notre pension "Homeros" (dans les pages "prix moyens" du Routard") est à 5mn à pieds, ça monte un peu raide mais nous sommes immédiatement récompensés car l'accueil est agréable et la déco des chambres et des parties communes est vraiment charmante et fort coquette.
C'est une vraie "pension de famille", comme on disait dans le temps, avec des meubles anciens, des tapis partout, des miroirs, des bijoux, des tableaux aux murs, des lampes…une sorte de maison quoi, et, pour ma part, je trouve que ça repose des hôtels..



Pour parfaire le tout, deux terrasses, une couverte, plus fraîche, qui sert beaucoup pour tout dans la journée, petit déjeuner , lire, écrire, bavarder…et l'autre, sur le toit, où nous est offert chaque soir un verre de vin, à déguster en regardant le soleil se coucher sur la mer.
Avec ça, les dits petits déjeuners sont de grosses assiettes de fruits avec des tartines de miel (et plein d'autres petites choses) accompagnées du meilleur thé que nous ayons goûté jusqu'ici en Turquie, Dieu sait pourquoi, à la bergamote !



Je finirai par le clou du spectacle, des dîners si copieux, qu'un suffit pour deux personnes et concoctés par les femmes de la maisons ; autant dire de la cuisine familiale, qui change agréablement des bouis-bouis, couronnes de pain au sésame, autres repas pris sur le pouce et même des repas pris chez Mustafa, qui restaient de la cuisine de restaurant.
Mon palais et mon estomac se montrent reconnaissants de retrouver une salade de haricots verts par ci, du pain complet par là et des fruits frais en guise de dessert ; ça évite de se coucher en rêvant de ce qu'on mangera lorsqu'on sera enfin rentrés chez soi !
Mais bon, bien sûr, tout cela n'est que considérations futiles ; naturellement nous sommes là pour Ephèse, son amphithéâtre de 24000 places (et assez de touristes venus du monde entier pour jouer chaque jour à guichets fermés), sa bibliothèque, la troisième de l'antiquité par l'importance, après celle d'Alexandrie dont il ne reste rien , celle de Pergame dont on vous parlera demain et ses villas romaines.

Homeros Pensyion, seul inconvénient, pas la wifi dans les chambres, on est obligés de s'installer dans leur bureau de l'autre côté de la rue ou sur le trottoir…

Arrivés à Ephèse hier matin

Smyrne

Hier,fin d'après-midi.
Rendus optimistes par la découverte des filtres Cokin à Istanbul (voir billet du 26 Août), nous ne désespérons pas d'en trouver à nouveau un ici.
Sinon, je n'ose même pas imaginer la fin du voyage...
Coup de chance, la première boutique nous donne l'adresse d'une seconde qui a effectivement tout un stock ; je trouverais de tout si j'étais intéressée !



Qu'on veuille bien se rappeler les effets "artistiques" proposés par la marque Cokin ''pour une créativité illimitée'' dans les années 80 (?), pour la couleur surtout, c'était grandiose toute cette gamme de flous, de dégradés sépia pour les ciels...un peu l'équivalent de l'invention du col dit "pelle à tarte" pour les chemises masculines ou des filtres préconisés par Lomo pour le flash du Diana.
Toute une époque.
Je regrette de n'avoir pas gardé un catalogue.
Mais donc au beau milieu de toutes ces propositions artistiques, un filtre orange. 10/10 cm.
En dégradé ; la perfection n'est pas de ce monde.
Qu'à cela ne tienne, ma lime à ongle ayant rendu l'âme à Istanbul, nohttp://flore.ws/blog/ecrire/images/bt_img.pngus fonçons vers le bazar où, avec force gestes, A. réussit à obtenir une lime à métaux ; aux grands mots les grands moyens.
Nous limons tour à tour en regardant le making off de Lawrence d'Arabie.



Ce matin, levés 6h.
Lorsque le réveil sonne, c'est encore nuit noire.
Il s'agit d'arriver à la Tour de l'Horloge (ci-dessous) avant que le jour ne soit levé et de refaire une série avec une lumière différente de celle d'hier, en profitant de ce que l'heure matinale laisse la place à peu près vide de passants.
Si nous allons à pieds, la probabilité est grande qu'une petite tentation photographique nous retarde sur le chemin ; ce ne serait pas la première fois et ici la transition nuit-jour est vraiment très rapide.
Nous prenons donc le métro.
Un peu cher, 3 TL par personne, soit 1€50, mais neuf et climatisé.
De Basmane à Konak, 4 stations qui nous laissent au pied de la Tour.
Une lueur rose baigne déjà l'horizon du côté de la mer mais le soleil est encore derrière les maisons.
Diaph. 4
Nous attendons.
C'est la course classique entre la lumière qui monte et l'affluence qui grandit.
Je mesure. J'attends.
En rêvant d'un verre de thé. Je mesure. J'attends.
En bricolant un peu avec l'Ixus.
1/3 de Diaph. avant la bonne lumière, trop inquiète des passant dont la fréquence s'accélère, je commence...



Plus tard, nous arpentons les ruelles vides du bazar, le nez au vent à l'affût d'un nouveau motif.
En vain.
Puis nous prenons le bateau vers Alsancak où restent, parait-il, quelques villas gracieuses, vestiges d'une époque révolue.
Sans plus de succès.
Bientôt le soleil haut dans le ciel devient brûlant, je tombe de sommeil, nous rentrons.
Petite pêche aujourd'hui.

Izmir, anciennement Smyrne

Au XVIIIe siècle, la France dominait le commerce et les relations extérieurs de l’Empire ottoman.
Entre 1748 et 1789, un bateau sur quatre quittant Marseille se dirigeait vers Izmir.
C’était le port étranger le plus important pour le commerce français, le plus vaste et le plus riche de l’Empire.
Quand des flottes étrangères arrivaient de Marseille, Amsterdam ou Londres, des milliers de petites embarcations se lançaient à leur assaut, avides de court-circuiter les intermédiaires. Elles échangeaient leurs marchandises (soie, poil de chameau, opium, gomme, raisins et figues) contre des produits manufacturés en Europe : vêtements, étain et accessoires domestiques tels que miroirs, assiettes, aiguilles et couteaux.
Le Monde Diplomatique-1 mars 2008 Philip Mansel



Levés dès poltron minet, descendus jusqu'au port en essayant de prendre le soleil de vitesse.
Encore perdu mon filtre orange !
Mais bien travaillé dans le plaisir et l'allégresse.

Izmir

Sans trop hésiter, nous choisissons de relier Izmir via Ankara et comme chacun semble s'accorder à dire du mal de la capitale, nous y restons à peine 2 heures.
Parce que j'ai la nostalgie des heures luxueuses de l'Orient Express et qu'en France voyager en cabine pour n'est simplement pas abordable pour nous dans les rares trains où ça existe encore, nous décidons de voyager en sleeping.
Rien que le mot fait rêver, non ?!



Ceux qui connaissent riront bien.
Ici, l'acajou et le cuir sont loin, le luxe aussi.
Entre le lavabo en plastique jauni, le petit meuble assorti qui contient le frigo et la dureté spartiate de la banquette, on pourrait se croire dans la kitchenette d'un studio meublé à Barbès ; ce serait bouder son plaisir.
Qu'importe que notre cabine soit à des années-lumière de celle de James Bond, que l'uniforme du personnel en charge de la transformer en nid douillet soit défraîchi, que le "bar" contienne de l'eau et du Fanta orange à la place du whisky et que la nuisette au fond de mon sac à dos ne soit pas un kimono de soie, c'est l'idée qui compte !
Nous savourerons notre intimité et le soleil se couchera pour nous seuls sur une sorte de steppe, nous nous habillerons pour aller dîner, nous siroterons l'apéritif comme des gens qui auraient la nuit devant eux et le "chef" viendra vérifier si nos omelettes sont bonnes pour le plaisir de nous parler français.
Et lorsque nous nous en retournerons, la cabine ayant été transformée pour le repos, nous trouverons des draps frais et des oreillers moelleux qui sous la lumière dorée de la veilleuse auront un petit air de fête.

22 heures de voyage plus tard, arrivés à Izmir.

Retour à Istanbul (par la pensée)

Le vendredi précédent notre départ, je perds, on ne sait ni où ni comment, le filtre orange du Holga dont je me sers à peut près tout le temps.
A. épluche Istanbul sur internet à la recherche d'une boutique Lomography d'abord, d'un magasin spécialisé dans l'argentique ensuite.
En vain.
Nous appelons le photographe turc à qui j'ai servi d'assistante la veille pour le dépanner tandis qu'il réalisait justement une prise de vues dans notre hôtel et avec qui j'ai sympathisé (en turc, en anglais, la photographie palliant à tout le reste !).
Il nous indique HAYYAM, un immeuble pas très éloigné, à Sirkaci, qui réunit des boutiques photos à tous le étages.
Mais juste avant que nous partions A. tombe sur le groupe Facebook de "Lomography Istanbul" et leur envoie un petit message de S.O.S demandant si quelqu'un en vendrait ou en prêterait un pour 1 mois.
Nous partons dimanche, nos billets sont pris, le voyage vient de commencer, je suis aux 400 coups et pas très optimiste.
Si l'état de la photographie argentique est le même qu'en France, ce n'est pas gagné !



Heureusement, l'Ambassade Lomography répond au téléphone, ce sont en fait 2 ou 3 filles qui travaillent dans la pub et qui ont un peu de matériel, et nous décidons d'aller les rencontrer à Tünel.
Elles sont charmantes mais n'ont presque aucun modèle, à peine un Holga simple, quelques Diana et des Fish-eyes, aucun kit, aucun filtre, pas de Pola, rien qui nous concerne, mais nous ne repartons pas tout a fait bredouille puisqu'elles promettent de faire circuler l'info.
Ce qu'elles font.
Dix jours plus tard, alors que nous serons arrivés à Amasra, nous recevrons un mail adorable nous proposant un filtre.
Mais entre temps, une fois retourné HAYYAM boutique par boutique, A. m'a trouvé plusieurs possibilités.
Aucun filtre pour Holga certes, mais un Cokin de la grande époque que je passe la soirée à mettre à la taille à la lime à ongle en regardant une série turque à la télévision.
Que ferais-je sans lui ?!


Profitant de ce que nous sommes dans le quartier, nous allons au Ara Café rencontrer le grand photographe turc Ara Güler.
Je me présente, et nous passons un moment ensemble à parler de photographie en buvant du thé.


© A.

Il me dit qu'il a une grande exposition à la M.E.P à la rentrée.
J'espère qu'il y aura cette image d'Istanbul sous la neige que j'aime beaucoup.
Et je promets d'aller voir.

Amasra - Izmir via Ankara

Départ pour Ankara par le bus de 11H suivi du sleeping de nuit pour Izmir.
Bien travaillé hier.
J'en reparle plus calmement

Aujourd'hui c'est mon anniversaire

Un grand merci à tous ceux qui, sur ce blog ou par d'autres moyens, m'ont témoigné aujourd'hui de leur affection à l'occasion de mon anniversaire.

Amasra - Premier jour de Ramadan

Vers 3h30, notre nuit est interrompue par le son d'un tambour.
C'est la coutume ici, qui veut qu' un homme marche chaque nuit dans la ville en jouant du tambour pour réveiller ceux qui font Ramadan afin qu'ils puissent manger avant le lever du soleil.
J'entends ça pour la première fois et c'est assez étonnant.
L'homme invente diverses petites séquences rythmiques en marchant, bientôt il s'éloigne, le son faiblit...nous nous rendormons.
A 5h30, le muezzin, que nous entendons à peine, comme un ronron, depuis notre chambre de la Kusna Pansiyon.
Les nuits commencent à être fraîches ici, j'en profite pour bien remonter la couverture...avant de me rendormir.
Ces petites interventions nocturnes moins gênent finalement moins que l'absence de volets à nos fenêtres et le premier rayon de soleil me réveille chaque matin plus sûrement.
Comme j'écrivais plus haut, nous logeons à la Kushna Pension et on ne dira jamais assez de bien de cet endroit charmant
Si l'on a une des quatre chambres en façade (4) dont la vue donne sur la mer, c'est un vrai petit coin de paradis qui justifie tout à fait les 5 petites minutes de grimpette qu'il faut faire pour y accéder
Nous avons opté pour une sorte de rythme de croisière en tirant, à mon sens, la quintessence d'Amasra !



Nous ne quittons le havre de la pension que pour prendre le dolmus jusqu'à Bozkoy Plaji, que nous reprenons lorsqu'il repasse à 18h, juste à temps pour prendre une douche rapide, nous changer et être à 19H15 sonnantes attablés chez Mustafa pour regarder le soleil se coucher en sirotant un verre de vin blanc.
A l'instant où le soleil touche l'eau, un homme y rentre, qui se met à nager jusqu'à la nuit.
C'est magnifique.
Nous revenons ici chaque soir, voir ce spectacle inouï, le soleil qui se couche dans la mer au milieu de cette petite crique.
Ensuite, nous continuons notre découverte de la carte de ce restaurant de poisson.
Notre préférence va, jusqu'ici, aux beignets de moules accompagnés par la salade maison, suivis d'une portion de yaourt au miel et aux noisettes pilées, mais certains soirs que nous sommes fatigués, nous dinons juste avec ce dessert et deux assiettes de fruits coupés avec un verre de thé.
Après des jours et des jours de pain-fromage, de koftés et autres pidés, nous avons eu un coup de cœur pour cet établissement dont nous avons fait notre cantine.
Nicolas, un de mes copains photographe qui voyageait beaucoup et souhaitait portraiturer des gens, m'a dit un jour, le secret, quand tu arrives dans un endroit et que tu veux te lier, être accepté, c'est de prendre tous tes repas au même endroit, ainsi les gens s'habituent à toi et te parlent.
J'ai gardé cette habitude et une fois que nous avons trouvé un endroit où nous nous sentons bien, nous y retournons chaque jour, parfois même comme à l'Estoril, au Caire, midi et soir.
Nous restons rarement assez longtemps dans une ville pour épuiser notre joie et les surprises de la carte.
Chez Mustafa où l'ensemble du personnel est à la fois, stylé, attentif et discret, nous avons dès le premier soir sympathisé avec un des serveurs, Tifun (?) et depuis c'est lui qui "veille" sur nous, si j'ose dire.
Chaque soir nous recevons de petits présents, le thé nous est offert, ou le dessert, la meilleure table nous est réservée...c'est tellement charmant...

Amasra - Bords de la Mer Noire

Nous avons quitté Safranbolu précipitamment mercredi midi en pleine fournaise, comme pris d'étouffement et saisis d'un irrépressible désir de fuir ce village entre fiction pour touristes et réalité, son bazar artificiel et l'absence d'horizon où porter son regard.
Nous avons pris le premier bus qui passait et tant pis s'il s'arrêtait à Bartin au lieu de nous mener à Amasra, nous trouverions bien à faire la correspondance.



Amasra.
Je pense souvent à Proust lorsqu'il écrit que c'est le nom même des lieux qui fait voyager (désolé, impossible de retrouver la citation exacte).
C'est mon petit drame quotidien.
Imaginative et photographe, j'entends un mot, un nom, qui résonne en moi et me fait réver, je mets des images dessus, il m'emporte au loin.
Impossible de rester dans mon lit à écrire, il me faut aller voir, nous finissons dans la réalité, qui est plus ou moins éloignée du rêve comme chacun sait.
Amasra.
Port sur la Mer Noire et cité balnéaire perdue loin des circuits touristiques.
On m'avait raconté les bateaux de toutes nationalités croisant au large, confondant certainement avec le Bosphore, j'avais imaginé un ballet incessant de cargos russes dans le contre-jour du soir, sorte d'Invincible Armada rassemblée avant la défaite.
Il passe de loin en loin un cargo gris à l'horizon…
Restait la cité balnéaire.
Une ville de 6000 âmes à peine, loin des touristes étrangers, on pouvait sans extravagance l'espérer désuète, Cabourg à l'automne, Port-Said en hiver, un doux hiver égyptien, et charmante d'une beauté un peu fanée.
Que nenni !
"Pas de tourisme étranger" signifie qu'il y a là le tourisme local ; on trouvera le bazar de pacotille, en pire, les marchands de glace, les constructions nouvelles sans charme, simplement les plages ne seront pas nettoyées.
On me sait capable d'arpenter la même grève déserte chaque matin au point du jour, amoureuse d'un parasol aux roses vertes fatiguées, de sa passementerie décousue par endroits, de son air d'abandon, et rien de m'émeut comme les beautés fanées. Une belle jeune fille m'enchante, une belle vieille dame me bouleverse, et j'ai photographié un dimanche à Istanbul, dans une rue déserte, une antique Cadillac qui avait dû avoir une couleur de sorbet, garée devant une façade aux volets clos, et qui, sous le dur soleil d'août, semblait avoir vécu mille vies.
Mais là, Amasra, je ne peux pas.
J'ai posé les boîtiers sur ma table de chevet.
Entre le photographie de voyage et le reportage, qui ne sont moi ni l'un ni l'autre, la passe est difficile, j'ai renoncé à m'impatienter, à m'inquiéter, les signes de la poésie de la vie qui font précisément échos à ma vie intérieure sont à peut près aussi rares que les baleines blanches.
L'important est de ne pas tricher.
Une fois les boîtiers remisés et les films au frigo, nous sommes partis à la plage pour la journée avec des joies de collégiens qui font l'école buissonnière.
Nous avons bien suivi les explications du Routard jusqu'à la mosquée Ulu pour trouver un dolmus, qui moyennant 6TL et ¼ heure de route cahotante nous approchait de Bozkoy.
Avec ses forets qui descendent à pic jusqu'à la mer et ses minces bandes de falaises blanches rehaussant une eau bleu canard, le site est épatant.



On trouve là en descendant le reste de la route à pieds, des mures, de la menthe, des châtaigniers, des oliviers et, comble de joie, des arbousiers aux branches chargées de petits fruits encore verts.
Je les montre à A. qui n'en avait pas vu en Corse l'été dernier.
J'en cueille pour les ramener… mais 15 jours au fond du sac…
Nous débouchons sur une petite anse (attention ce n'est pas non plus une de ces petites criques corses minuscules et divines où à 5 on est déjà les uns sur les autres) où une cinquantaine de personnes sont éparpillées.
Le cadre est magnifique, l'eau exquise, la première serviette hors de portée de voix, une guinguette ombragée nous accueille pour un déjeuner sommaire mais agréable et qui nous laisse assez de monnaie pour louer un parasol et deux transats qui portent notre plaisir à son comble.
C'est notre premier bain de l'année.
Nous y passons la journée.
J'adore la mer. En tous lieux, en toute saison, sa vue suffit à ma joie.
C'est toute une enfance.
Je m'émerveille de voir ici les vagues qui s'écrasent à me pieds, chahuter de petites pommes vertes tombées d'un arbre proche.
Nous contemplons nos premiers burquinis dans la vrai vie, avec un mélange de stupeur amusée et de vague pitié.
Ce sont de grands cocons de lycra (j'espère) aux vives couleurs de papillons, qui entravent pour nager et se couvrent de sable dès qu'elles sortent.
Plus tard, nous découvrons qu'il en existe (au moins) une deuxième sorte qui s'apparente à un kimono-pantalon assorti d'une bonnet de douche.
Qu'on veuille bien, quelques instants, s'imaginer nageant dans cet accoutrement.
Je porte un de ces bikinis Princesse Tam-Tam dont le prix est inversement proportionnel à la quantité de tissu qu'il faut pour les produire et, qui, une fois secs, tiennent facilement dans les deux mains réunies.
Je suis profondément reconnaissante à 1968, à ma mère, et quelques centaines d'autres Salopes de s'être battues pour que nous vivions avec ce luxe naturel du droit à la pilule, à l'avortement, à la liberté sexuelle, à disposer librement de notre corps… et à pouvoir nous dorer sur la plage en monokini !
Je considère la tendance actuelle, voire la mode qui consiste à remettre le haut comme parfaitement rétrograde et comme un indice particulièrement suspect de la remise en cause insidieuse de certains de ces acquis.
Je reste vigilante, les yeux bien ouverts, et par ce que je veux bien qu'on nomme une sorte "d'instinct de survie de femme", on me trouvera franchement hostile à la banalisation des voile courts ou longs et autres burquinis sur le sol de France.
Et qu'on ne vienne pas me parler de libertés.
Je me méfie comme de la peste noire de l'emprise des religions et je ne les crois pas sans conséquences sur notre quotidien.
Dans les années 80 en Egypte, les femmes n'étaient pas voilées et portaient la jupe au genou.
Qu'en est il aujourd'hui ?!
Si je me penche pour relacer ma chaussure et qu'on aperçoit 5cm de la peau de mon dos, à Alexandrie, les gens dans la rue, s'arrêtent pour regarder...
On me pardonnera de tenir à mes seins dorés et de rester sur le qui-vive.
Mais revenons en à notre petite plage de Bozkoy ; tous les types de maillots y sont encore mélangés (pas le monokini… faut pas rêver !) et chacun semble pouvoir choisir selon ses goûts.
Espérons que cela dure encore longtemps.
Ma voisine et moi, nous nous sourions gentiment malgré nos différences.
Néanmoins je garde cette impression troublante que les extra-terrestres sont arrivés.