En résumé.
Midi, il fait aussi chaud qu'en enfer, nous rampons jusqu'à l’église des Frères-Prêcheurs, où est l'exposition consacrée à la collection Marin Karmitz.
Là, se trouvent réunies certaines photographies de si grande qualité qu'elles éclipsent pour moi tout ce qui est montré par ailleurs.
En particulier, ''Oswiecim'' (2002) d'Antoine d'Agata qui me laisse complètement sous le choc.
Je m'intéressais ici et là à son travail, je possède quelques livres, mais je n'avais pas pour lui jusqu'ici d'attachement particulier ; la découverte de cette Å“uvre, qui est une pièce unique, bouleverse cette relation somme toute assez distante, en le faisant entrer dans mon Panthéon personnel.
Autre moment magnifique, la série-livre-frise, je ne sais comment il faut dire, de Michael Ackerman (encore une pièce unique), parfaitement mise en valeur dans sa vitrine.
La fragilité de l'objet n'altérant en rien l'âpreté des images.
Autre halte, on pourrait presque dire station, devant l'installation de Christian Boltanski, vulnérables visages de disparus flottant dans une brise légère, dans une sorte de miracle d'adéquation scénographique entre l'œuvre et le lieu.
Un mot encore pour la photographie de Josef Koudelka, cheval blanc et homme accroupi, servie par un tirage à couper le souffle.

Deux petites déceptions, la photo de Miroslav Tichy qui ne me semble pas faire partie de ses meilleures, mais ça n'engage que moi et le catalogue de l'exposition dont je trouve l'impression très mate si décevante par rapport aux tirages que nous venons de voir que je renonce à l'acheter de peur d'abimer mes souvenirs.
Plus tard, peut-être ?

Ensuite, il nous reste le temps pour les bulles bien fraîches d'un Perrier-tranche en terrasse, place du Forum .
A peine le temps d'une longue gorgée, pourquoi ne pas le dire, je suis submergée par la douleur de n'être pas dans la programmation.
Arles, la MEP, le Centre Pompidou, voilà le but ultime de ma lutte quotidienne ; je m'en sens soudain affreusement loin.

Heureusement, le temps presse et bientôt me voilà assise sous mon parasol vert, espérons que je n'aurai pas de dossiers couleurs à regarder, avec le litre d'eau, les gobelets et l'affichette indiquant L'Oeil de l'Esprit aux futurs porteurs de portfolio.
Nous sommes une douzaine d'experts installés sur une estrade miraculeusement ombragée.
Léger instant de flottement, j'ai le temps d'échanger quelques phrases avec ma voisine qui représente un lieu dédié à l'art contemporain avant que la première photographe n'arrive.


© A.

Et puis, ça n'arrête plus.
L'un s'assied quand l'autre se lève.
A l'instant, mon blues se dissipe.
Sans prétention, je sais que je suis exactement à ma juste place. D'autres peuvent pratiquer le même exercice différemment et tout aussi bien ou mieux peut-être, mais chacun de ceux qui se seront tournés vers moi pour que je donne mon avis, auront reçu mon aide et ne seront pas repartis les mains vides.
Je suis là pour accomplir une tâche et en mon âme et conscience, j'y suis toute consacrée.
Qu'importe qu'à Paris le reste de l'année, je sois payée 100 euros de l'heure pour la même chose et là rien...
Toutes les nationalités sont représentées là ; très vite l'organisation de Voies Off me fourni un traducteur, mon anglais étant largement insuffisant pour les subtilités que nécessite l'analyse d'un travail artistique et je ne veux blesser personne avec des phrases et des jugements à l'emporte-pièce.
C'est d'ailleurs tout à fait intéressant d'être deux à regarder et le courant passe très vite avec mon traducteur, un jeune homme charmant dont je ne connais pas le prénom car il n'a même pas eu le temps de se présenter.

Des italiens arrivent, une assure la traduction en espagnol, quand j'ai des doutes, je demande à A. qui me le redonne en français ; à un moment nous sommes 5 à parler autour de la table en trois langues, ça me rappelle le colloque de Ferrera, j'adore ça.


© A.

A 19h30, le dernier dossier refermé, je suis absolument lessivée, ma voisine qui n'a pas arrêté non plus semble dans le même état, nous échangeons un faible sourire.
J'ai l'impression d'avoir lu l'avenir dans le marc de café tout l'après-midi.
Heureusement, mon dernier interlocuteur, un italien qui se débrouille assez en français, m'apporte, réunie dans trois petits carnets, une série très émouvante et c'est ma récompense pour ce que j'ai pu donner de mon côté.