Photographer Franco-Spanish and daughter of the painter Olga Gimeno, FLORE was born in the South of France in 1963. She took up photography in 1977 and after completing her Studies in Toulouse, she established herself in Paris where she currently lives and works.
Her most significant works include a "Carte Blanche" assigned by the Municipality of Paris for an art series on Le Petit Palais, Musée des Beaux Arts of the City of Paris, and her photographic project on the Rivesaltes Concentration Camp in Southern France. FLORE is familiar with long scale assignments and commissions. She carries them through by herself and develops them alongside her personal projects.
Since 2008, she disembarked on a new journey across the Mediterranean basin for the needs of her new series "Une Femme Française en Orient" and directs an analogue photography course in collaboration with the L'Oeil de l'Esprit collective.
Several of FLORE's artworks form part of public and private collections in France and worldwide.


 

Série Une femme française en Orient

Susana Gállego Cuesta, Conservateur chargé de la photographie Musée du Petit Palais, 2011
Partir comme au XIXe siècle, avec malles et livres, pour de longs mois d’errance en terre étrangère. Partir lentement, à la recherche de l’ailleurs qui ne se dévoile qu’à l’œil de qui sait attendre. Partir vers le mythe, vers l’Orient mordoré et mystérieux des Symbolistes, des derniers voyageurs au long cours.
Flore a entrepris cet impossible périple il y a déjà quelques années. Elle nous montre ici un premier aperçu de ce carnet de voyage en pays rêvé : palmiers solitaires, cours désertées, intérieurs silencieux que seuls quelques humains, quelques chats viennent habiter ici et là. L’artiste est partie à la recherche de l’image du rêve encore blottie dans le réel, et personne comme elle n’excelle à faire parler le passé dans les ombres et les reflets du présent.

Devant son objectif, qu’elle pose au plus près de son sujet – s’interdisant par là trucages et faux-semblants – le temps glisse avec lenteur. De ce corps à corps avec le monde, elle extrait des instants de grâce : une silhouette atemporelle dans une ruelle calme, l’ondoiement de la lumière dans le désert.

Sa quête est nostalgique : l’artiste veut poser ses pas dans ceux des photographes du passé qui ont interrogé le monde avec leur appareil. Qu’est-ce qu’une image ? Qu’est-ce que la mémoire ? La photographie ne réussit-elle pas à bâtir des univers qui deviennent plus réels que le vrai ? A la recherche du reflet de la pyramide de Gizeh dans le Nil, vu sur d’anciennes images et devenu un souvenir presque vécu, Flore à dû se résigner : le barrage d’Assouan a rendu ces jeux de miroir impossibles. Mais forte de cet échec, elle a redonné vie à son image mentale, grâce aux pouvoirs de la photographie. Ainsi, lointaine et comme à peine esquissée, la pyramide se glisse dans l’image et semble sur le point de disparaître…
Qu’avons-nous vu ? Est-ce que le monde est bien là où nous le croyons ?

Retraite d’une femme française en Orient, exil à rebours, ces images invitent le public à se poser et reposer cette question : mes yeux voient-ils vraiment ?
Avec ces presque riens qu’elle nous propose comme autant d’offrandes de temps suspendu, Flore nous élargit le regard – et agrandit le monde d’espaces insoupçonnés.

 

Dominique Gaessler, éditeur, enseignant et critique, 2010
Andalousie, Maroc, Egypte et Turquie, la trajectoire d’une femme en Orient : ses petites vedute  en noir et blanc, captées à l’aide d’appareils précaires et tirées sur des papiers ivoire à la facture ancienne nous installent dans la tradition, celle du « Grand Tour » cher aux romantiques du XIXe siècle, pourtant, ici, aucune référence passée, aucun embouteillage du Caire, aucun vendeur de petits pains stambouliotes, seule, la figure rémanente du palmier comme signe tutélaire installe ses séries – issues de plusieurs longs séjours – dans un orientalisme contemporain.
Autobiographique, cet ensemble nous livre une nouvelle facette de l’œuvre de l’artiste qui s’attache depuis de nombreuses années aux espaces mémoriels.


"Carte Blanche" sur le Camp de Concentration de Rivesaltes


Dominique Gaessler, éditeur, enseignant et critique
, 2007
La personne disparue, le chantier du Petit Palais, le camp de concentration de Rivesaltes ou le territoire d’enfance, en grands pans, le travail photographique de Flore est engagé totalement dans la quête de la mémoire.
Ce ne sont pas les ruines, les objets délaissés, les traces, qui attirent Flore mais des signes bien moins anecdotiques parce que plus universels.
Dès lors, comment réaliser une image de ce qui a disparu ?
Comment photographier ce qui n’est plus ?
Flore recherche le geste juste : elle n’a pas cette tentation, si contemporaine, qui tend à fonder de nouvelles « mythologies ». Aucun effet de poussière de temps, aucune ruine romantique, aucune photo jaunie : à l’ordinaire d’une fabrique de souvenirs, elle oppose ce qu’elle a viscéralement ancré en elle, cette quête d’une mémoire dont elle se fait un devoir de la transmettre.
Sérieuses et graves, les séries d’images qu’elle accumule et élabore patiemment, longuement : tirages sur papiers rares, virés, pigmentés, cirés, les strates s’empilent comme le temps de l’Histoire.
Ainsi, elle engage ici la figure de « ce qui a été ».
Pour le Petit Palais par exemple, le plan de l’architecte, le chantier, sans cesse mouvant, sont littéralement absents. Ni photographie d’architecture, ni reportage de l’éphémère. C’est davantage au geste de la rénovation, celui, inouï, de la pelleteuse qui excave le monument sur quatre étages, c’est la découverte heureuse du bâtiment originel, c’est enfin la lumière qui reconquiert l’espace.
Ou bien dans le camp de Rivesaltes c’est à l’effroi, l’horreur, l’inhumanité qu’elle se confronte. Et même si dans ses images, le barbelé ou les rails, s’affirment dans une discrète présence, ils s’affranchissent des ciels plombés : on ne trouve dans son travail aucune image d’un tourisme mémoriel. La nuit ou le plein soleil irradiant de catalogne qui, ailleurs, ne seraient pas « raccords », sont avec Flore les éléments forts de son indignation révoltée. C’est également pour cela que, dans la restitution de son travail aux publics, elle choisit une forme d’installation de son œuvre qui échappe au mode muséal : elle dispose ses images à même le sol des baraques, dans l’arbitraire de la tramontane qui n’a pas manqué de les malmener.
Parce qu’à la révolte s’offre l’espoir, parce qu’aux souvenirs s’oppose la vie, parce qu’à l’éphémère de l’anecdote s’oppose la pensée, parce qu’au sentiment s’oppose l’expérience du visible, l’œuvre de Flore est singulière.

 

 

"Carte blanche" sur le Petit Palais

 

Maryline Assante, Conservateur Petit Palais, 2005
Choisie en l’an 2000 par le Musée pour garder mémoire du chantier de restauration, Flore nous conte toute l’histoire dans une langue où chaque image est poème, éclat d’une réalité sublimée par le prisme de son regard. Elle nous offre un parcours d’émotions, en quatre étapes dont le déroulement ne doit rien à l’improvisation. Pour chaque volet de ce polyptyque, une technique de développement différente s’est imposée pour inscrire dans la matière même du papier un registre de sensations. "Si je n’étais pas toujours en recherche, j’aurais l’impression de me plagier", explique cette artiste exigeante.

Au début de l’histoire, le musée, vidé de ses œuvres, est dépouillé des strates de cloisons rajoutées au fil des années. Les hommes ont déserté les lieux et pour quelques mois tout s’est tu, hors la nostalgie. Atmosphère d’ouate, embrumée, subtiles déclinaisons de gris…les photographies de Flore s’imprègnent de la mélancolie des rares visiteurs qui parcourent encore ce palais endormi et renvoient l’écho des grandes expositions passées.

Quelques mois plus tard, une petitearmée d’hommes et de machines abattent les murs éventrent le jardin, rendent les espaces méconnaissables sans qu’il soit possible de leur imaginer un avenir. A cette violence faite au bâtiment, Flore répond par la violence dramatique de ses noirs cirés.

Eté 2005, enfin l’été ! tout s’apaise et s’éclaire. Les travaux s’achèvent, les espaces immenses, immaculés, nimbés de lumière sont vides. L’artiste pare d’une blancheur nacrée ombrée d’or et de cuivre ses images dont la simplicité apparente fait oublier une construction précise.

Bientôt, le Palais va renaître dans l’effervescence de la réouverture. Les œuvres s’apprêtent et se "bichonnent" pour reprendre possession du lieu. Images légères, détails ludiques, instants fugitifs, retenus, recueillement émerveillé devant les œuvres qui arrivent, encore engoncées dans leurs emballages, Flore nous convie à ces retrouvailles, dans une palette de couleurs douces et délicates.

 

Dominique Gaessler, éditeur, enseignant et critique, 2005
Il y a ces images, et d’abord cette matière, riche et sourde, qui laisse deviner plutôt qu’elle donne à voir … comme à l’ordinaire toute photographie puisque, à l’évidence, ce sont des photographies.
  Rarement les commandes se meuvent en œuvre. Flore a cette manière personnelle d’envisager la carte blanche : « Rendre compte du chantier de restauration du bâtiment », que lui a confiée Gilles Chazal, Directeur du Petit Palais à Paris. Ici, explicitement, Flore abandonne les rives de la forme documentaire stricte pour celles de la fiction. L’échelle du bâtiment, le temps photographié, la nature du travail, les hommes, l’archéologie des découvertes, les engins et les outils des ouvriers entrent dans une chorégraphie inédite. Si les états d’évolution des travaux s’inscrivent bien dans la chronologie des quatre années de prises de vues successives qu’elle a conduite, le véritable sujet de cet engagement est le chantier. C’est-à-dire cet état indicible qui n’existe pas ou plus exactement qui représente le souvenir de ce temps intermédiaire qui bouleverse ce qui était et qui ne fait que préfigurer ce qu’il adviendra du bâtiment. Ce n’est qu’un passage, l’étape nécessaire de la transformation du site, dont il fallait à Flore rassembler la trace et le souvenir. De cette longue quête il y a la restitution de ce ballet incroyablement ordonnancé qui fonde le scénario du travail qu’elle a su mener. Il subsiste l’apparition des engins, la béance des interventions humaines dans le site, le territoire investi d’échafaudages, de matériaux et de gravas. Ici tous les ressorts d’une sorte de drame composent la scène, le lieu où se joue un simulacre. Flore se retrouve ainsi dans son élément : le théâtre et le cinéma, univers photographiques dans lesquels elle évolue depuis longtemps.
   Par des interventions techniques raffinées au laboratoire, en alchimiste même, Flore façonne tout autant qu’elle restitue la mise en scène qui se déploie sous ses yeux. Le regard qu’elle porte est indissociable de la trame qui se joue.
   À la violence du bâtisseur répond celle de l’artiste, photographe/tireur qui sait faire rendre gorge à la matière qu’il travaille. Au-delà du processus classique de développement, Flore, ouvre à son tour un chantier : dans une succession d’étapes, elle vire, voile, tanne, détrempe, cire, pastellise, re-cire jusqu’à ce que l’image se meuve en expression dramatique.
   Il reste ces images uniques qui s’éloignent de la réalité photographique conventionnelle pour celle d’une esthétique semblable à celle de l’expressionnisme cinématographique de l’entre-deux guerres, et ce, pour restituer le réel dans une exactitude sublimée.

 

Emmanuel Daydé, critique d'art et commissaire d'exposition, 2004
Pour Flore, par ailleurs portraitiste, photographe de scène et de plateau, le Petit Palais est un théâtre de l‘absence, un trou noir d’où émergent des fantômes imprécis. De ces origines espagnoles, l’artiste a gardé le goût pour les violences de l’ombre et de la lumière, sol y sombra. Ici, sombra, définitivement.

Œuvre au noir, véritables gravures rendues uniques, ses photographies teintées et cirées jusqu’à la nuit obscure reprennent certes un procédé pictorialiste en usage en 1900. Mais c’est pour mieux le pervertir et le conduire au-delà des souterrains les plus énigmatiques et secrets de Pélléas et Mélisande: "tu n’as rien vu à Hiroshima". Parce qu’ il faut toucher pour voir.

Queues de dragons vaincus par l’archange saint Michel en plein Paris, les longues torsades des tuyaux serpentant dans la boue répondent aux gueules et aux crocs luisants des pelleteuses. Les bâches deviennent rideaux de théâtre et les échafaudages vertigineux des échelles de Jacob montant au ciel. Véritables hommage à l’architecture de Charles Girault et à ses mystères, les images aveugles de Flore sont des lambeaux  de mémoire arrachés au temps.